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1- FRIEDRICH NIETZSCHE, LE BOUDDHISME ET L’HOMMESUPERIEUR.Par SangharakshitaCe que je propose de faire est de dire, pour commencer, quelques mots à propos de la vie et du travail de Friedrich Nietzsche (1844-1900) et ensuite de poursuivre avec l'une des conceptions centrales de sa pensée, c'est-à-dire la conception de l'homme supérieur. Apres cela nous comparerons la pensée de Nietzsche, particulièrement celle de l'homme supérieur, avec ce sujet entier de l'évolution supérieure de l'homme, ainsi qu'avec le bouddhisme comme l'incarnation, l'exemplification de cette évolution supérieure. Je dois dire pour commencer, et ici nous avons peut-être juste un autre petit fragment d'autobiographie, je dois dire que je suis personnellement très content de pouvoir faire cette comparaison du bouddhisme avec la pensée de Nietzsche à travers la conception de l'homme supérieur. Je suis devenu familier avec Nietzsche, avec ses écrits, quand j'avais environ dix-huit ans et demi, et à ce moment-là il se trouvait que j'étais dans l'armée. Je me rappelle très bien qu'un jour j'avais un jour de congé, et je me rappelle profiter de ce jour de congé pour aller à Box Hill dans le Surrey, un bel endroit célèbre comme beaucoup d'entre vous le savent. C'était un merveilleux jour d'été et j'ai gravi le sommet de Box Hill, et je me suis allonge là dans la lumière brillante du soleil, sur l'herbe, et j'ai lu Ainsi parlait Zarathoustra. Je peux me rappeler encore maintenant l'immense impression que fit sur moi cet ouvrage, généralement considéré comme l'ouvrage le plus célèbre et le plus populaire de Nietzsche. Comme je lisais ces mots, ces phrases, ce ne sont pas seulement de profondes pensées, mais également une très belle poésie, et comme j'enlevais les yeux vers le ciel bleu il semblait presque que les mots de Zarathoustra, les mots de Nietzsche, étaient écrits en travers du ciel bleu en lettres écarlates. Donc j'ai entretenu si vous voulez une sorte de faiblesse pour Nietzsche depuis lors, et je suis retourné vers lui, l'ai lu, de temps à autre.Nietzsche est né en Allemagne en 1844. Son père était un pasteur luthérien. C'est en fait Nietzsche qui a dit que le pasteur luthérien était le père de la philosophie allemande ; mais ceci est une autre histoire. Son père meurt en 1849, quand Nietzsche a seulement 4 ou 5 ans, et Nietzsche passe toute son enfance entouré par sa mère, sa soeur, sa grand mère, et deux tantes vieilles filles. Et il fut envoyé quand il fut un peu plus âgé, à l'école communale, et de là il poursuivit ses études aux universités de Bonn et de Leipzig où il étudia la philologie classique, ceci était son sujet. Mais pour une raison ou une autre il n'obtint pas le doctorat, mais malgré cela il fut appelé, à l'âge de 24 ans, à l'université deBâle pour occuper la chaire de philologie. Ceci grâce à la forte recommandation du grand érudit et philologue, Ritschl, qui a été très impressionné par le travail de Nietzsche en tant qu'étudiant. Donc voilà Nietzsche à l'université de Bâle enseignant la philologie classique. Mais il ne laissa pas tomber ses études, il étudiait la philosophie, en particulier Schopenhauer, et il se prit d'intérêt pour la musique, particulièrement pour la musique de Wagner. Et en 1872, alors qu'il était toujours un très jeune homme, il publia son premier livre qui portait le titre de La naissance d'une tragédie.C'était un ouvrage court mais brillant, d'un intérêt assez exceptionnel. Durant les quelques années suivantes il publia un nombre important d'autres travaux. Mais en 1879, alors qu'il n'a que 35 ans, il démissionne de son engagement universitaire, termine sa carrière d'académique, et après cela il passa la plus grande partie de sa vie active, c'est à dire de sa vie d'écriture, en Suisse et en Italie.Lorsque l'on lit la vie de Nietzsche, malgré son immense accomplissement dans le domaine de la philosophie, dans le domaine de la pensée, des accomplissements assez remarquables, assez exceptionnels, on ne peut pas s'empêcher de se sentir un peu triste parce que toute la vie de Nietzsche à partir du moment où il quitte l'université a été une vie de solitude intense et grandissante. Il est entièrement seul. Il n'y avait apparemment personne, ou presque personne, qui le comprenait, et avec qui il aurait pu être vraiment ami, à part deux ou trois cas, à travers le moyen de la correspondance. Et il a souffert également d'une douleur toujours grandissante. Il n'était pas en bonne santé et l'un des érudits qui a écrit sur lui a laissé un très émouvant, un très touchant, portrait de Nietzsche et la façon dont il vivait, cette vie si solitaire, si recluse, si isolée, accompagnée de souffrance physique et mentale. Mais malgré tout cela, Nietzsche continua d'écrire et entre 1883 et 1885 il écrira Ainsi parlait Zarathoustra, qui comme je l'ai déjà dit, était et est son ouvrage le plus célèbre et le plus populaire. Et il continua d'écrire jusqu'en 1888, mais il continua d'écrire dans une isolation croissante et dans une souffrance physique croissante, parfois une souffrance presque insupportable. Pas seulement cela, mais son travail n'obtint pratiquement aucune reconnaissance. Quand il publia par exemple la quatrième partie de Zarathoustra, je crois que seulement quelques douzaines de copies furent vendues. Personne ne semblait remarquer ses écrits, ses idées, etc. donc il n'avait pas de reconnaissance, ou au mieux un aperçu de reconnaissance très minuscule, très faible, certainement rien de correspondant avec l'importance de son travail. Et puis en 1889 Nietzsche devint fou, et mourut, toujours fou, en 1900 à l'âge de 55 ans. Donc ainsi fut la vie, ainsi fut l'oeuvre de Nietzsche. 2 -La philosophie de Friedrich Nietzsche. Je me suis déjà référé de temps à autre à la philosophie de Nietzsche, mais ceci est vraiment mal approprié. Le terme de philosophie ne s'applique pas vraiment à la pensée de Nietzsche. Nietzsche élabore un certain nombre d'idées, des idées brillantes et lumineuses, et ces idées, certainement les idées principales, se tiennent ensemble, vont ensemble. Mais dans le même temps, Nietzsche n'avait pas pour but d'élaborer une interprétation logique consistante de l'existence, de toute expérience. Il n'avait certainement pas pour but de construire un système, un système de philosophie. Cela est, bien sûr, ce que ses grands prédécesseurs ont fait ou essayé de faire. Cela est ce que Kant a essayé de faire, ce que Hegel a essayé de faire, ce que Fichte a essayé de faire, ce que Schelling a essayé de faire, ce que Schopenhauer a essayé de faire, avant Nietzsche. Mais Nietzsche n'a pas tenté de faire quoi que ce soit de la sorte. Il n'était pas un philosophe systématique. Il n'était pas un constructeur de système, il n'aspirait pas à ériger un gigantesque édifice de pensée au sein duquel tout pourrait s'accommoder. Ceci n'était pas son aspiration, ce n'était pas son ambition. En faitNietzsche était opposé à ce genre d'approche, à ce genre de méthode. Et il alla même jusqu'à déclarer, dans l'un de ses travaux, que la volonté de systématiser est une volonté de manque d'intégrité. Ceci est en effet une de ses pensées iconoclastes. Et ce manque ou cette absence, ou cette indifférence, cette opposition à la systématisation, à la construction de systèmes, se reflète dans ses travaux, dans ses écrits, particulièrement dans les derniers.A l'exception de Ainsi parlait Zarathoustra, tous les derniers écrits de Nietzsche sont simplement des chaînes d'aphorismes, des dictons courts et perçants ; ou plutôt certains sont plus longs et certains plus courts. Et Nietzsche, disons-le, est le maître de l'aphorisme. Il semble que personne d'autre n'ait était capable de dire autant en si peu de mots, d'établir autant de lumière dans un si court espace, comme le fit Nietzsche. Il est absolument le maître de ce type particulier de composition, de ce type particulier d'approche littéraire. Nous pouvons même dire que dans ce domaine, le domaine de l'aphorisme, Nietzsche n'a absolument aucun rival, à l'exception peut-être de William Blake, qui ne nous en a pas laissé beaucoup, mais il nous en a laissé toute une série dans ce petit ouvrage Les proverbes de l'enfer, une section du Mariage du paradis et de l'enfer. Et les proverbes de l'enfer, on peut dire, se comparent à Nietzsche. Ils sont peut-être même plus condensés que ceux de Nietzsche lui-même, mais hélas il n'y a que cet unique ouvrage de Blake dans cette forme particulière. A mesure qu'il vieillissait, à la différence de Nietzsche, Blake tendait à devenir plus, peut être ne devrions-nous pas employer un mot si irrespectueux, plutôt plus prolixe. Il a écrit les proverbes de l'enfer quand il était comparativement un jeune homme. Mais Nietzsche, tandis qu'il vieillissait, qu'il écrivait plus, devint de plus en plus aphoristique, de plus en plus brillant aussi, de plus en plus caustique, de plus en plus comme l'éclair, et de plus en plus dévastateur et iconoclaste. Ainsi ses aphorismes sont très souvent comme des coups de tonnerre ou des bourrasques.Cette approche aphoristique n'est pas, de la part de Nietzsche, accidentelle. Ce manque de système, cette indifférence au système, n'est pas accidentel. Nous pouvons même dire que l'approche aphoristique est de l'essence même de la méthode de Nietzsche. Il est aphoristique non parce qu'il ne peut être systématique mais parce qu'il choisit d'être aphoristique, parce qu'il pense que ceci est la juste approche. Nous irons même jusqu'à dire qu'à cet égard Nietzsche est un peu Zen. Certains des aphorismes de Nietzsche ne sont pas différents, au moins en esprit si ce n'est dans le contenu, de certaines paroles, de certains dictons de maîtres zen de Chine ou du Japon. Nous pourrions dire que chaque aphorisme de Nietzsche pénètre profondément dans l'existence, dans la réalité, à partir d'un point de vue particulier, à partir d'une direction particulière, et chacun se tient de son propre mérite, sur ses propres pieds. La vérité d'un aphorisme n'est pas dépendante de la vérité d'un autre aphorisme. Ils ne sont pas logiquement connectés de cette façon.Vous pouvez vous rappeler que Coleridge, le grand poète, penseur, et critique, a dit du jeu de Kean le voir était comme lire Shakespeare par éclairs. Et nous pouvons dire à peu près la même chose de Nietzsche. Nous pouvons dire que lire Nietzsche est un peu comme essayer de faire un paysage, le paysage de l'existence elle-même, l'existence humaine elle même, à l'aide d'éclairs, et ces éclairs sont les aphorismes. Nous lisons un aphorisme et pour un instant, juste au moyen de ces quelques lignes, ces quelques douzaines de mots, c'est comme si tout s'illuminait brillamment, nous voyons tout clairement, à partir de ce point de vue, de cet angle particulier. Et puis après cela, l'obscurité absolue. Nous lisons un autre aphorisme et alors un autre éclair à partir d'un autre quartier, d'une autre direction, et encore une fois tout est clair, tout est allumé, tout est révélé, mais après cela, encore une fois, l'obscurité. Et tous ces éclairs, ces aphorismes nous montrent en quelque sorte différentes images. Nous savons en un sens que toutes ces images qui nous sont révélées par éclairs, par ces aphorismes, se réfèrent tous au même paysage, mais il est difficile, si ce n'est impossible de les assembler ensemble dans un tout cohérent, dans une image complète qui embrasse tout. C'est beaucoup comme cela avec Nietzsche. Ses écrits produisent des lectures très inspirantes, mais ils sont vraiment très difficiles à élargir systématiquement. Mais heureusement nous ne sommes pas appelés à faire cela ici. 3- L'homme supérieur, le surhomme ou übermensche. Ici nous sommes concernés par un éclair en quelque sorte, et c'est un des éclairs les plus brillants de Nietzsche. Ou peut-être devrions-nous dire nous sommes concernés par, tout au plus, deux ou trois éclairs. Nous allons être concernés par l'idée, l'idée de Nietzsche du de l'homme supérieur ainsi qu'avec l'idée du dépassement de soi, et avec la volonté de puissance. Le mot homme supérieur n'est pas une traduction littérale du terme original allemand de Nietzsche. Le terme original, le terme utilisé par Nietzsche, le terme allemand est übermensche, qui signifie littéralement non pas homme supérieur mais surhomme ; ou peut-être même nous pourrions le traduire, pour ne pas dire le paraphraser, par sur et au dessus de l'homme. En d'autres mots, le übermensche, le surhomme est l'homme qui se tient sur et au-dessus de l'homme tel qu'il existe à présent. Le surhomme est-ce que, ou ce qui, transcende l'homme. En fait, nous pourrions même parler du surhomme comme homme transcendant. En d'autres mots, le surhomme, ce que nous avons mal nommé de l'homme supérieur, l'homme supérieur ou le surhomme nietzschéen, n'est pas l'homme d'aujourd'hui, n'est pas l'humanité d'aujourd'hui à un degré superlatif. Le surhomme représente, plutôt, un type complètement différent d'homme. Donc on peut voir d'un coup qu'il y a là des affinités avec ce que nous avons appelé, au cours de ces conférences, l'homme nouveau. Mais plus sur cela dans quelques minutes.A partir de maintenant dans cette conférence, je ne devrai pas parler de l'homme supérieur avec toutes ses connotations trompeuses, mais du surhomme. Le mot l'homme supérieur, incidemment, comme traduction de l'übermensche deNietzsche, a été popularisé en premier apparemment par George Bernard Shaw. Vous vous rappelez sans doute qu'il y a une pièce de lui nommée L'homme et l'homme supérieur. Et depuis lors le terme, le mot est devenu désespérément vulgarisé et désespérément dégradé. Tant qu'il en est advenu à signifier quelque chose très éloigné de ce que Nietzsche voulait signifier, de l'intention de Nietzsche. En fait, nous pouvons dire, et c'est un fait très regrettable, nous pouvons dire qu'après sa mort toute la pensée, toute la façon de penser de Nietzsche a été désespérément corrompue et dégradée ; premièrement comme il est très connu, aux mains de sa soeur, et après cela aux mains de diverses personnes qui voulaient tenter de faire un cas de la philosophie de Nietzsche ou de la pensée de Nietzsche comme étant en accord avec la pensée du IIIe Reich allemand, le régime nazi. Et ce n'est comparativement que très récemment que la pensée de Nietzsche a été sauvée de toutes ces mauvaises interprétations, ces perversions, et a été enfin correctement interprétée, notamment par Walter Kaufmann de l'université de Princeton et quelques autres érudits et commentateurs. 4- Ainsi parlait Zarathoustra. Maintenant la question se pose : comment Nietzsche arrive-t-il à son concept de surhomme ? Et pour répondre à cette question nous devons nous référer au commencement de Ainsi parlait Zarathoustra, nous référant à la section nommée le prologue de Zarathoustra. Zarathoustra est, bien sûr, le nom du fondateur de l'ancienne foi Zoroastrienne. Mais ici, dans l'oeuvre de Nietzsche, Zarathoustra a très peu à voir en fait avec le Zarathoustra historique. Dans Ainsi parlaitZarathoustra, la figure de Zarathoustra est simplement un porte-parole pour les propres idées de Nietzsche. Il n'y a pas de connexion entre ces idées et le Zoroastrisme historique.Alors le prologue de Zarathoustra le représente descendant de la montagne ; et ceci est bien sur symbolique, et se veut symbolique. Apparemment, nous en déduisons que Zarathoustra a passé 10 ans sur la montagne. Il a pensé, il a médité, et maintenant sa sagesse est mure, est prête à se déverser, et il veut la partager avec le genre humain. Donc il descend de la montagne. Et dans sa descente il rencontre un saint ermite, quelqu'un qui a vécut dans la forêt au pied de la montagne pendant des années et des années. Et le saint ermite reconnaît Zarathoustra. Apparemment il l'a vu des années au par avant dans sa montée, maintenant il le rencontre dans sa descente. Et le saint ermite essaie de persuader Zarathoustra de ne pas descendre parmi les hommes. Il dit ce sera une perte de temps, ne te dérange pas. Les hommes ne sont pas gratifiants. Les hommes sont distraits. Ne perds pas ton temps à descendre parmi eux. Il dit c'est beaucoup mieux d'être un ermite comme moi, c'est beaucoup mieux de vivre dans la forêt avec les oiseaux et les bêtes. Il est beaucoup mieux de vivre dans la forêt, ignorant les hommes, les oubliant, simplement vénérant Dieu. Mais Zarathoustra ne se laisse pas dissuader de sa mission. Il laisse le saint ermite à ses prières dans la forêt, et il continue à descendre la montagne. Et comme il va, il se dit à lui-même, ce peut-il que ce vieux saint n'ait encore rien entendu de cela, que Dieu est mort. Et cela bien sur, cette remarque que Dieu est mort, représente, constitue une des visions les plus importantes de Nietzsche. Dieu est mort.Nous avons beaucoup entendu à propos du dieu est mort ou de la théologie de la mort de Dieu dans les dernières années, dans les dernières décades, mais tout a commencé avec Nietzsche. Il a été le premier à voir ceci, à voir que Dieu était mort, qu'il n'était plus là-haut dans les cieux. Donc ceci bien sur signifie que Nietzsche a vu, clairement, ce que beaucoup de gens ne semblent même pas voir aujourd'hui, cent ans après. Nietzsche vit clairement que l'enseignement orthodoxe chrétien, l'enseignement des églises, la théologie chrétienne orthodoxe avec ses doctrines d'un dieu personnel, d'un être suprême, un créateur, les doctrines de pêché et de foi, de justification et d'expiation, et la résurrection et tout le reste, que tout ce système est en fait mort, est en fait fini, est en fait hors de propos ; et que, comme quelqu'un le faisait remarquer récemment, nous vivons maintenant, pas seulement dans l'âge de la science et de la technique, pas même seulement dans l'âge de la mondialisation, nous vivons maintenant, malgré peut-être que nous ne sommes pas éveillés à ce fait, dans l'âge post-chrétien. Les âges chrétiens, qu'ils soient de foi ou de non- foi, sont derrière nous. Donc Dieu est mort. Et ce fait, cette déclaration, nous donne aussi un indice de la pensée de Nietzsche au regard du surhomme. Si Dieu est mort, si la chrétienté est morte, si le dogme chrétien est mort, si la théologie chrétienne est morte, alors la vue chrétienne, la conception chrétienne de l'homme est morte aussi. La conception de l'homme comme un être déchu, un être qui une fois a désobéi, qui a pêché, qui maintenant a besoin de grâce pour seracheter, qui doit croire, qui sera jugé, qui sera punit peut-être, ce genre de concept, ce genre de dogme à propos de l'homme est explosé, est fini, est mort.Donc on doit trouver une nouvelle conception de l'homme. L'homme se trouve en quelque sorte dans un univers sans dieu. Il est seul. Donc l'homme doit essayer de se comprendre lui-même, de nouveau. Il ne peut pas prendre quelque conception ou quelque idée déjà faites sur lui-même. Il se trouve simplement ici, ici et maintenant, et doit se demander qui suis-je ? Que suis-je ? Il se trouve lui-même au milieu de l'univers étoilé, il se trouve debout sur la terre, entouré d'autres hommes, avec une histoire derrière lui, peut-être avec un futur devant lui, et il doit se demander, et se demanderà lui seul, personne d'autre parce qu'il n'y a personne d'autre pour lui dire, il doit se demander qui suis-je ? Que suis-je ?Maintenant que les vieilles définitions sont parties, l'homme doit se définir lui-même, doit se définir lui-même de zéro, doit se découvrir, se connaître. Et ceci est en fait ce que Zarathoustra a déjà fait sur la montagne. Il a pensé, il a médité peut-être, contemplé peut-être, pendant dix longues années, et maintenant il sait ce qu'est l'homme. Et c'est maintenant le message qu'il apporte à l'humanité. C'est la vision qu'il apporte maintenant à l'humanité. Donc Zarathoustra atteint la lisière de la forêt, il arrive à une ville en lisière de la forêt, il entre dans la ville et là dans la ville, sur la place du marché, il voit des gens rassemblés. Alors pourquoi sont-ils rassemblés ? Ils ne se sont certainement pas rassemblés pour l'écouter. Ils ne savaient même pas qu'il venait, ils ne savaient rien de lui. Ils sont venus voir un funambule. C'est ce en quoi ils sont vraiment intéressés. Mais néanmoins comme le funambule n'est pas encore arrivé (apparemment il est en retard ou quelque chose comme ça), Zarathoustra, prenant avantage de la situation, la saisissant à deux mains en quelque sorte, leur parle. Et que dit-il ? Rappelez-vous que ceci est son premier message, sa première déclaration. Que dit-il ? Zarathoustra dit, s'adressant aux gens sur la place du marché, s'adressant si vous voulez à toute l'humanité, il dit je vous enseigne le surhomme. L'homme est quelque chose qui se doit surmonter. Pour le surmonter que fîtes-vous ? 5- L'homme est quelque chose qui doit être surmonté. Donc ceci est la grande vision avec laquelle nous sommes concernés ; c'est le grand éclair de lumière en quelque sorte, que Zarathoustra enseigne le surhomme, enseigne que l'homme est quelque chose qui doit être surmonté, et demande qu'avez-vous fait pour le surmonter ? Ce qui signifie, bien sur, pour vous surpasser. D'autres, de plus petits éclairs suivent, et les autres éclairs nous montrent comment Nietzsche est arrivé au concept du surhomme et nous voyons, peut-être sans surprise, qu'il y soit arrivé à peu près de la même façon que nous y sommes arrivés dans ces conférences, c'est-à-dire arrivés au concept de l'évolution supérieure, au concept de l'homme nouveau. Nietzsche assez clairement, assez explicitement, arrive au concept du surhomme en considérant la nature générale du processus de l'évolution.Zarathoustra, dans ce prologue, ou plutôt Nietzsche, souligne que jusqu. à présent dans l'histoire, tous les êtres ont créé quelque chose au-delà d'eux-mêmes. Ils ne se sont jamais arrêtés. Ils ne sont jamais arrivés à une halte. Tout être, toute sorte d'être, a créé quelque chose au-delà de lui-même, a donné naissance à quelque chose de supérieur à lui-même dans l'échelle évolutionniste. Et Nietzsche, à travers la bouche de Zarathoustra, dit qu'il n'y a pas de raison de supposer que ce processus s'arrêtera avec l'homme. Il dit, clairement, explicitement : le singe a créé l'homme. Et de la même façon, d'une façon même supérieure, d'une façon même meilleure, une façon plus glorieuse, l'homme lui-même doit maintenant créer le surhomme ; et comment l'homme crée-t-il le surhomme ? L'homme doit créer le surhomme en se surpassant lui-même. Et ceci signifie, continue Nietzsche, qu'il doit apprendre à se mépriser lui-même, à être insatisfait et mécontent de lui-même ; parce que c'est seulement quand il commence à se mépriser lui-même qu'il commence à s'élever au-dessus de lui-même, à être parfois supérieur, plus grand, plus noble qu'il était.Mais il est important de clarifier, il est important de faire remarquer que Nietzsche n'était pas un Darwinien dans le sens populaire du terme. Pour Nietzsche, le surhomme n'est pas seulement, ou ne sera pas seulement le dernier, le dernier produit du processus évolutionniste. Ce n'est pas que le processus évolutionniste avance, avance, avance, et puis hop ! Vient le surhomme. En d'autres mots, le surhomme ne sera pas produit automatiquement, ne sera pas produit en résultat de la fonction générale aveugle du processus évolutionniste. En fait, nous trouvons dans ses écrits, dans ses oeuvres, que Nietzsche distingue nettement ce qu'il nomme le dernier homme d'un côté, et le surhomme de l'autre. Et le dernier homme est simplement le dernier produit du processus général collectif évolutionniste de l'humanité. .Le dernier homme n'est pas un homme supérieur. C'est à dire que le surhomme sera le produit de l'effort individuel de l'homme pour se surpasser, pour s'élever, pour planer, si vous voulez, au-dessus de lui-même. Et c'est en tenant compte de cette distinction, cette distinction qu'il fait entre le dernier homme d'un côté et le surhomme de l'autre, que Nietzsche est capable de se dissocier des idées superficielles du 19e siècle sur le progrès humain ; les idées que le progrès continue indéfiniment et que l'homme devient de plus en plus meilleur, et de plus en plus supérieur. Nietzsche n'accepte pas cela.En d'autres mots, l'homme ne devient pas meilleur automatiquement simplement en vertu du passage du temps. Nous devons faire quelque chose à ce propos. L'homme ne devient pas meilleur automatiquement en vertu du passage du temps mais il peut se faire meilleur s'il le choisit.On doit avouer que Nietzsche n'est pas très clair parfois sur ce point, ou au moins, pas toujours très explicite, mais il semble dire quelque chose à savoir que tandis que l'évolution inférieure est collective, l'évolution supérieure est individuelle. Nietzsche en fait a une sorte de vision de l'homme, une sorte d'image de l'homme, dans son esprit. Nietzsche dit qu'il voit l'homme comme une corde, une corde, dit-il, étirée entre la bête d'un côté, et le super homme de l'autre. Et Nietzsche, qui n'est rien sinon suggestif, rien sinon imaginatif, dit que cette corde qui est étirée entre la bête et le super homme est étirée au-dessus d'un abysse. Il est dangereux en d'autres mots d'être un homme, ou tout au moins cela devrait être dangereux. L'homme, précise-t-il, est quelque chose de transitionnel. Il n'est pas seulement une corde, il est aussi un pont. Il est un pont et pas une fin ; et étant une corde, étant un pont, et n'étant pas une fin, il doit vivre pour quelque chose d'autre que lui-même. Et ce quelque chose d'autre, pour lequel chaque homme, chaque individu, devrait et doit vivre, est le « surhomme ». Nietzsche, en fait, ne fait pas seulement la distinction entre la bête et le surhomme, il fait aussi la distinction entre l'homme et le surhomme. Il distingue aussi l'homme comme animal de l'homme comme être humain ; et la distinction pour Nietzsche, est vraiment très marquée. Il dit, en fait, que la majorité des hommes ne sont pas des hommes, que la majorité des hommes sont des animaux. Comme nous l'avons déjà indiqué la plupart des gens n'ont pas encore atteint l'humanité. D'après Nietzsche, le point décisif, le grand tournant de l'évolution, du processus de l'évolution, n'est pas comme entre l'animal et l'homme, il est entre l'homme qui est toujours un animal, et l'homme qui n'est plus un animal, l'homme qui est véritablement humain. Ce point décisif est le point de l'émergence de la conscience de soi, de la prise de conscience, le point auquel débute l'évolution supérieure. Kaufmann, exposant Nietzsche, dit de lui : « il soutient, en effet, que le gouffre qui sépare Platon de l'homme moyen est plus grand que la crevasse entre l'homme et le chimpanzé ». Ceci est la pensée de Nietzsche. Et ce n'est pas une vue qui est très flatteuse pour l'homme moyen. L'homme moyen n'aime pas vraiment entendre qu'il s'élève de très peu, sinon pas du tout, au-dessus du niveau animal, qu'il est à court d'une véritable humanité. Ce n'est pas le genre d'image de lui même qu'il se donne la peine de voir, et ce n'est pas surprenant que quand Zarathoustra, dans le prologue, parle au peuple sur la place du marché à propos du surhomme, ils rient de lui. Cela les intéressait beaucoup plus de regarder le funambule. Nous pouvons dire que Nietzsche distingue 3 catégories : 1- il y a la catégorie de l'animal, comprenant l'homme animal, qui est la majorité des ainsi nommés êtres humains, êtres humains honoraires, pourrions-nous dire ;2- la catégorie de l'homme, de l'homme véritable ;3- la catégorie du surhomme. Nietzsche parle aussi de ce qu'il nomme les « hommes préliminaires » et, bien qu'il ne soit pas clair sur ce point, ceux-ci semblent être des intermédiaires entre l'homme véritable d'un côté, et le surhomme de l'autre ; et Nietzsche décrit ces « hommes préliminaires » avec un penchant pour rechercher dans toutes choses cet aspect qui doit être dépassé. Ceci est la caractéristique des hommes préliminaires ; et il exhorte ces hommes préliminaires à vivre dangereusement, pas en sécurité, pas douillettement, pas confortablement, mais de façon incertaine, même dangereuse. Et Nietzsche dit entre autres choses, que les hommes véritables, ceux qui ne sont plus des animaux, sont seulement les philosophes, les artistes et les saints. Dans un sens, il les considère comme étant réellement et véritablement humain, ce qui va considérablement plus loin que là où nous sommes allés. Et le surhomme, apparemment, est quelque chose d'encore plus élevé, de supérieur aux philosophes, aux artistes et aux saints. Mais il est aussi très clair, dans la pensée de Nietzsche que les philosophes, les artistes et les saints, se dépassent eux-mêmes, et que de cette façon, dans un sens, sont aussi des surhommes. 6- Donner du style à son caractère. Nietzsche parle aussi du dépassement de soi en terme de ce qu'il appelle « donner du style à son caractère ». Il se plaint que le caractère de la plupart des gens n'a pas de style particulier, et par « donner du style à son caractère » il veut dire ne pas s'accepter soi-même déjà fait, juste comme si vous sortiez de l'usine. Certainement ne pas s'accepter mal fait, ou fait à moitié, ou incomplet. Par ce genre d'attitude il signifie traiter sa vie et son caractère comme du matériau brut. En général nous pensons : bien, me voici, avec tel et tel caractère, tel et tel tempérament, telles et telles caractéristiques, qualités, et qu'est ce que je peux faire à propos de cela ? Nous pensons que c'est quelque chose qui nous est donné, et qui nous est imparti pour le reste de notre vie. Que si, par exemple, nous avons une tendance à nous mettre en colère rapidement, alors c'est ainsi, cela nous est imparti pour la vie. Si, de naissance, nous sommes très sensibles, cela nous est imparti notre vie entière. Comme il nous échoit d'être grand ou petit ou gros ou maigre, en bonne santé ou souffrant et ainsi de suite. Mais Nietzsche dit non à tout cela. Comme vous êtes maintenant, ce dont vous héritez par vos parents, et ainsi de suite, votre éducation, votre conditionnement social et général, votre conditionnement scolaire, ce n'est pas le produit fini : c'est juste le matériel de base. C'est ici que vous commencez, c'est ici que vous démarrez. Ainsi, Nietzsche dit effectivement que nous devrions travailler sur nous mêmes, nous créer comme l'on crée une oeuvre d'art. De la même façon que vous pouvez saisir une grosse motte d'argile toute lourde et collante et grossière et vous pouvez plonger vos doigts dedans, plonger vos mains dedans et commencer à lui donner la forme de quelque chose, c'est de la même façon que vous devez vous comporter vis-à-vis de votre propre caractère, de vous-même. Regardez-vous seulement comme une masse de pâte, désordonnée et sans forme ; cela, c'est vous-même. Et de la même façon, mettez-y vos doigts, mettez-y vos mains et commencez à vous donner forme. Ne pensez pas que cela, cette sorte de masse, cette sorte de pâte grossière ou ce tas, vous est impartie pour toujours, indéfiniment. C'est avec cela que vous commencez, c'est votre matériel de base. Alors donnez forme, donnez du style, dit-il, à votre propre vie, à votre propre caractère. Faites quelque chose de vous-même. Produisez-vous comme on produit une oeuvre d'art. Allez-y, donnez-vous une forme à force de coups, à force de gifles, pour ainsi dire, mais faites quelque chose qui ait une forme. Ne soyez pas satisfaits de ce que vous êtes maintenant.Et en rapport avec ceci, en rapport avec toute cette idée de donner du style à son caractère, Nietzsche aime beaucoup mentionner le grand exemple de Goethe, le grand poète et dramaturge, écrivain, penseur, scientifique et mystique allemand. Nietzsche admirait vraiment beaucoup Goethe, et par-dessus tout il admirait cette qualité particulière. Si nous lisons la vie de Goethe, si nous lisons sa correspondance, nous voyons que Goethe essayait tout le temps de faire quelque chose de lui-même. Il essayait de travailler sur lui de la même façon qu.il pouvait travailler sur un poème ou une pièce de théâtre ou un roman ou un traité scientifique, faisant de lui quelqu'un de meilleur, de plus clair, de plus parfait et cherchant toujours le meilleur équilibre. C'était cela que Goethe essayait de faire tout au long de sa longue vie, pendant plus de 80 ans, et il réussit. Ainsi quand le grand Napoléon vit Goethe pour la première fois, que dit-il de façon quasi spontanée quand il fut confronté à Goethe ? Et Goethe après tout, politiquement, n'était personne, il était juste un ancien ministre d'un petit état allemand ; et face à lui il y avait Napoléon, le conquérant de l'Europe. Mais quand Napoléon vit Goethe, Goethe quant à lui, hé bien, n'était pas particulièrement impressionné par Napoléon, maisNapoléon s'exclama : « Regardez ! Voici un homme.» Et c'est ce que Goethe fit de lui-même, à partir de cette sorte d'amas de passions et d'idées. Jeune homme, il était turbulent et vraiment très sauvage, un roué d'après ce qu'on a pu dire de lui. Mais à partir de ce matériel aux promesses plutôt faibles, il fit de lui-même un homme au sens le plus vrai et le plus plein du terme. Quand Nietzsche se réfère àGoethe, il admire Goethe pour cette qualité même de donner du style à son caractère. Maintenant nous avons vu que Nietzsche arrive à ce concept de surhomme en considérant la nature du processus d'évolution en général ; en réalisant que tous les êtres vivants ont créé quelque chose au-delà d'eux-mêmes, et que l'homme ne fait pas exception, que l'homme doit faire de même, que l'homme doit agir de manière similaire. Et la même considération, nous pourrions dire, permet à Nietzsche de comprendre la nature même de l'existence. La vie, dit-il, est cela qui doit toujours se surpasser. Ceci est la nature même de la vie, pas seulement l'existence humaine, mais la vie dans sa totalité ; c'est cela qui n'est jamais satisfait vis-à-vis de soi. Cela veut toujours aller au-delà, toujours aller plus loin. La vie est cela qui doit toujours se surpasser. Dans nos propres mots, comme nous l'avons vu auparavant, la vie est un processus de transcendance de soi. La vie est un processus qui, continuellement, à tous les niveaux se transcende, va plus loin, va par delà soi. 7- La volonté de puissance. Maintenant, cette impulsion, c'est l'impulsion innée qu’à la vie de se surmonter elle-même, de se transcender, c'est cela que Nietzsche nomme (bien que l'expression soit introduite plus tardivement dans ses écrits) « la volonté de puissance ». Cette appellation, comme le terme « homme supérieur », a été considérablement mal interprétée, très mal comprise. Cela a été interprété vous l'avez deviné au sens vulgaire d'une « volonté de puissance » politique, voire militaire. Mais par Puissance ici, Puissance avec un « P ». Nietzsche n'évoque absolument rien de matériel. Puissance dans cette acception n'a absolument rien à voir avec une force brute, avec la puissance physique. Cela n'a aucun rapport avec la politique, les états. Nietzsche était contre l'étatisme parce que c'était collectif et non individuel. Puissance, dans la pensée de Nietzsche, et spécialement dans cette expression « volonté de puissance », signifie simplement un plus haut degré, un mode d'être supérieur, un degré d'être, de vie plus abondants. Ainsi ce que « volonté de puissance » signifie est simplement un plus haut degré, un mode d'être supérieur, une vie plus abondante, plus pleine, plus riche, plus noble, plus sublime, une vie différente en termes de qualité et de dimension. Particulièrement cela signifie la volonté de produire, à partir de l'homme, le « surhomme ».Nietzsche pose de façon extrêmement claire le fait que ce degré d'être plus élevé, ce mode d'être plus élevé, ne puisse être atteint que dans la mesure où le degré inférieur, le mode d'être inférieur, est abandonné. En fait, Nietzsche met l'accent sur le fait que le degré d'être inférieur, le degré ou mode de vie inférieur, doit être nié et même détruit avant que le degré plus élevé puisse être abordé, avant qu'il puisse être atteint.Ceci nous amène à un aspect extrêmement important de la « volonté de puissance », un aspect très important, qui, pourrait-on dire, concerne toute la pensée de Nietzsche. Nous pouvons le nommer l'aspect iconoclaste. Nietzsche voit, il ne le voit que trop bien, que l'homme tel qu'aujourd’hui nous le connaissons, au niveau actuel du processus d'évolution, vit d'une certaine façon, qu'il pense d'une certaine façon, qu'il a certaines valeurs, certaines notions de bien et de mal.Nietzsche dit, voyant toutes ces choses, voyant la façon dont l'homme vit et pense, voyant les valeurs qu'il adopte, ses idées sur le bien et le mal, Nietzsche dit, de façon assez catégorique, de façon assez péremptoire, que tout cela doit être détruit ; sinon, dit-il, « le surhomme » ne peut pas être créé, ne peut pas venir à l'existence. Et Nietzsche, nous devons être clairs, est absolument sans pitié, est ici absolument sans compromis. Il dit qu'il faut briser, ce sont ses propres termes, toutes les anciennes tablettes de la loi. En fait, il est complètement destructeur, au sens plein, au sens littéral du terme. Il n'a absolument que faire, n'a pas une miette de temps à perdre en ce qui concerne la culture et la civilisation moderne. Aucun temps à lui consacrer dans la mesure, bien entendu, où elles sont le produit de l'homme moyen, de l'homme sous- humain, et de ses exigences sous humaines. Nietzsche voit plutôt clairement et dit de façon plutôt empathique que tout cela doit disparaître.Voilà en quoi il est impitoyable, en quoi il est sans compromis, son aspect iconoclaste ou l'aspect iconoclaste de « la volonté de puissance ». Nietzsche est en fait, pourrions-nous dire, le plus puissant autocritique que la race humaine, en particulier la section occidentale de la race humaine, a jamais produite. Nous avons l'habitude de penser que les prophètes hébreux, Amos et Jérémie, le deuxième Isaé et d'autres aussi, étaient plutôt terribles dans leur genre, mais ce que nous pourrions dire, c'est que comparés à Nietzsche, les prophètes hébreux sont la douceur même. Il est absolument tout d'une pièce, sa dénonciation de l'homme tel que nous connaissons, de toutes ses oeuvres, et toutes ses façons d'être, sont absolument sans appel. La seule chose qu'il dise à leur propos, c'est qu'ils doivent disparaître, qu'ils doivent être transcendés, qu'ils doivent être surmontés, sinon pas de surhomme. Parce que, et il n'est pas de trop d'insister là dessus, le but ultime de Nietzsche n'a rien de négatif, il est positif. Son but ultime est la création du « surhomme », et l'homme tel qu'au jour d'aujourd'hui nous le connaissons, tel qu'il est à présent, gêne la progression du surhomme. Donc l'homme, si le surhomme est attendu, doit s'en aller.Aussi, et cela est encore plus important, nous devons bien comprendre que lorsque l'on parle de nier certaines valeurs extérieures ou nier certaines valeurs existantes, certains modes d'être existants, il n'est aucunement question de nier quelque chose qui soit extérieur à soi. Il n'est pas question de dénoncer les autres gens parce que vous pensez qu'ils ne ressemblent pas assez au « surhomme ». Pas du tout, dit Nietzsche, c'est vous-mêmes que vous devez nier, que vous devez dénoncer, c'est vous-mêmes que vous devez surmonter. Et Nietzsche parle il affectionne ce genre de langage, il parle en termes de guerre et de bataille. Et bien sûr ce genre de langage a été mal interprété. Mais ce dont il s'agit c'est d'une guerre à l'intérieur de soi, c'est d'une guerre intestine dont il parle. C'est contre soi-même que l'on doit combattre, comme il le dit, de toutes les manières possibles, qui est le pire ennemi le pire ennemi est soi-même». Alors voici vraiment l'ennemi dont vous devez triompher, et celui qui se conquiert soi-même détient la plus glorieuse des victoires. « Conquerrait-il mille fois mille hommes sur le champ de bataille, vraiment, il est le victorieux le plus noble s'il se conquiert lui-même » parce que c'est le moi, son propre moi, son moi intérieur, son propre moi ici et maintenant, qui est le plus grand ennemi, le plus prodigieux des obstacles à la création du « surhomme ». Cette citation, bien entendu, est tirée du Dhammapada. Ce furent les mots du Bouddha, et avec eux nous en revenons au Bouddhisme, à l'Evolution Supérieure, car il est temps de commencer à faire des comparaisons. Quelques comparaisons ont été faites en passant. Mais il est temps de dégager clairement les ressemblances et les différences. Mais avant de faire cela, précisons juste un point : Nietzsche avait entendu parle du Bouddhisme. Dans ses écrits, il y a plusieurs références au Bouddhisme, mais il ne le connaissait pas suffisamment pour être à même de porter sur lui un jugement équilibré. A son époque, très peu de textes bouddhiques avaient été traduits, et bien que ce que Nietzsche exprime concernant le Bouddhisme soit d'un très grand intérêt, cela est, dans une certaine, mesure, base sur une mauvaise information et une mauvaise compréhension. Alors je ne vais rien mentionner ici de ce qu'il a pu dire à l'occasion, sur le sujet du Bouddhisme. 8- L'évolution supérieure et le surhomme. Je suis sûr qu'il est maintenant bien évident qu'il y a une très grande similarité entre d'une part le concept de l'Evolution Supérieure et le Nouvel Homme, et d'autre part la conception nietzschéenne du « surhomme ». Cela ne veut évidemment pas dire que les deux sont identiques. Comparé à l'idéal de la Bouddhéité, le surhomme de Nietzsche manque assez de substance positive, et cela n'est pas surprenant. Après tout, la conception nietzschéenne du surhomme est le produit d'une pensée, une pensée brillante, la pensée d'un génie ; mais toujours une pensée, quelque chose d'intellectuel, bien qu'allant jusqu'à l'intuition, bien que cette pensée soit aussi pénétrante qu'une intuition, il s'agit toujours d'une pensée, non pas d'une réalisation spirituelle, transcendantale. Pour cette raison donc, la conception nietzschéenne du surhomme manque assez de substance, spécialement de substance positive. Mais le point principal de Nietzsche est exprimé de façon très habile et très claire, et ce point est le fait que le « surhomme » n'est pas l'homme tel que nous le connaissons, qu'il transcende l'Homme, que de très loi il le dépasse, qu'il le transcende, qu'il le dépasse de la même façon que l'homme transcende le singe. Et ainsi il est absolument clair, résolument clair pourrions-nous dire, que l'homme est une transition. Comme nous l'avons lu dans les mots de Nietzsche, l'Homme est une corde tendue entre la bête et le surhomme. Ne croyez surtout pas que je sois en train de dire que la conception du surhomme est celle du Bouddha, de l'homme éveillé, mais, oui, certainement, la conception du surhomme pointe dans la même direction. Et la corde de Nietzsche correspond ainsi, d'une façon large, au chemin de l'Evolution Supérieure. Et bien entendu, c'est l'Homme lui-même qui est le chemin, un Homme bien entendu qui ne soit pas immobile mais en train d'évoluer, un être en développement. Un Homme, disant cela suivant Nietzsche aussi bien que l'enseignement bouddhiste, et en accord aussi avec le système entier de l'Evolution Supérieure, qui marche sur la voie en se dépassant lui-même, en atteignant des nivaux de plus en plus hauts. Et cela bien sûr nous ramène au thème de « la volonté de puissance », c'est-à-dire la volonté d'atteindre un degré d'être plus élevé en se dépassant soi-même. Arrivés à ce point, je m'en vais faire une proposition qui à certains paraîtra plutôt hardie. Je vais faire la proposition suivante : « la volonté de puissance » correspond grosso modo à la volonté d'Eveil. Toutes deux sont actives. La « volonté de puissance » est une volonté. La Volonté d'Eveil est également une volonté. Et pour toutes les deux il s'agit de produire effectivement, pas seulement de penser à cela, mais de produire de façon effective le plus haut idéal qui puisse être réalisé. L'un est bien entendu l'idéal du surhomme. L'autre, bien sûr, l'idéal de la Bouddhéité, de l'Illumination, du Suprême éveil pour le bien, pour le bénéfice de tous les êtres vivants. Et la réalisation, l'atteinte de ces deux idéaux, celui du surhomme, celui de la Bouddhéité, nécessitent tous deux le dépassement du moi inférieur ou des mois inférieurs, le dépassement de toutes les valeurs inférieures, de toutes les idées inférieures de quelque sorte qu'elles soient. Ici donc il y a une familiarité, ici donc il y a une ressemblance. En même temps, il y a des différences. La volonté d'Eveil qui fait le Bodhisattva est plus altruiste, son regard est plus dirigé vers l'autre, cette volonté est plus cosmique. Comme nous l'avons vu il y a longtemps, il s'agit de la manifestation du Bodhisattva, d'un principe universel, cosmique ; mais la « volonté de puissance » est beaucoup plus individualiste. Cela est beaucoup plus concerné par le fait d'arriver à soi-même, créer le surhomme en soi, en se surmontant soi-même. Mais en même temps nous devons ajouter, pour lui rendre justice, que le côté altruiste n'est pas entièrement mis de côté par Nietzsche. Rappelez-vous que Zarathoustra, cette grande figure de Zarathoustra, qui peut-être exemplifie le surhomme, veut partager sa sagesse avec l'humanité. Il veut que chaque Homme réalise cela : que l'Homme est quelque chose qui se doit surmonter.Et cela nous ramène à l'aspect le plus immédiatement significatif peut-être de toute la pensée de Nietzsche, c'est-à-dire nous ramène au fait, à la vérité, à la réalisation, que nous devrions être insatisfaits de nous-mêmes, que c'est d'une position plus élevée que nous devrions nous regarder nous-mêmes, que, comme je l'ai exprimé au début, nous devrions vouloir renvoyer cet article défectueux qui est nous-mêmes. Sans cette insatisfaction, il n'y a pas de dépassement de soi, et il n'y a pas de progrès spirituel, pas d'Evolution Supérieure de l'Homme. Cela aussi met en évidence, ou cela nous amène aussi à l'aspect le plus faible de la pensée de Nietzsche. Nous sommes exhortés au dépassement de nous-mêmes, et la nécessité de cela, la nécessité de nous surmonter afin que le « surhomme » puisse voir le jour, puisse naître ; cela est exposé par Nietzsche d'une façon incroyablement claire, stupéfiante. Cette nécessité que nous avons de nous surmonter nous-même, d'être mécontents de nous-mêmes, d'être insatisfaits vis-à-vis de nous-mêmes, cela il nous l'enseigne sans doute plus clairement qu'aucun autre, avec beaucoup plus de force qu'aucun autre philosophe occidental ou penseur occidental. Mais Nietzsche ne montre pas et c'est là son échec, échec lamentable bien qu'il ne soit pas dénué de noblesse, il ne montre pas comment y arriver. Il di surmontez-vous ! Mais il ne nous montre pas le chemin, il ne montre pas comment le faire. Il n'y a pas d'instructions pratiques. D'une certaine façon, nous sommes abandonnés à une exhortation vide. Et ici nous pouvons immédiatement comprendre l'immense avantage d'une tradition, d'une ancienne tradition spirituelle telle que le Bouddhisme, avec ses méthodes, avec ses exercices, avec ses pratiques clairement axées sur le dépassement de soi. Après tout, ce n'est pas si difficile que ça de voir qu'un homme est malade s'il pousse des gémissements de fièvre, s'il est en train de souffrir, s'il hurle à l'agonie.C'est facile de comprendre qu'il est malade, qu'il y a quelque chose en lui qui ne tourne pas rond. Mais c'est seulement un docteur, seulement un médecin qui peut prescrire la sorte de traitement dont il a besoin pour aller mieux. Et Nietzsche, pourrait-on dire, peint une image vraiment très consternante, épouvantable, d'une humanité moderne qui est malade, de la maladie de l'Homme, de la maladie même, qui est l'Homme. Il nous donne même diagnostique, un diagnostique très perspicace. Et il va même jusqu'à dépeindre une très merveilleuse, une très belle, une image très inspirante du malade qui recouvrira une parfaite santé. Mais il ne nous donne pas la méthode effective, la méthode concrète qui pourrait redonner la santé au malade ; en d'autres mots, qui nous permettrait de nous dépasser nous mêmes, de créer effectivement, de produire le « surhomme » ! Vous ne serez pas surpris d'apprendre que dans la pensée de Nietzsche, il n'y a pas de pratique de l'attention. Il n'y a pas de méthodes de méditation, et ainsi de suite. En dépit donc de cette image très claire et éclatante du patient et de son mal
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Ainsi parlait Zarathoustra : Ajouté le 16/5/2008 à 19:46
Ainsi parlait ZarathoustraUn article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.(Redirigé depuis Ainsi Parlait Zarathoustra)Aller à : Navigation, RechercherPour les articles homonymes, voir Also sprach Zarathustra. Ainsi parlait Zarathoustra (ou Ainsi parla Zarathoustra). Un livre pour tous et pour personne (Also sprach Zarathustra. Ein Buch für Alle und Keinen en allemand) est un poème philosophique de Friedrich Nietzsche, publié entre 1883 et 1885.L'Aurore, l'une des grandes figures poétiques du livre, son commencement et sa fin. Présentation du texte [modifier]Première édition de la première partie (1883)L'allemand autorise de traduire Also sprach Zarathustra par Ainsi parla Zarathoustra. Chaque discours se termine par cette formule (à quelques exceptions). L'imparfait en français indiquerait une répétition. Mais l'ensemble du livre présente une progression de discours en discours qui paraît plutôt indiquer que ces discours représentent à chaque fois une étape dans la doctrine de Zarathoustra, ce que marquerait la traduction par le passé simple, Ainsi parla Zarathoustra.Le nom Zarathoustra signifie « celui qui a de vieux chameaux[réf. nécessaire] » ; c'est le nom avestique de Zoroastre, prophète et fondateur du zoroastrisme, l'ancienne religion perse. En allemand, il garde cette forme ancienne. Nietzsche l'a choisi car il fut le premier à enseigner la doctrine morale des deux principes du bien et du mal. Ainsi, symboliquement, Zarathoustra abolit-il lui-même sa propre doctrine :« On ne m'a pas demandé — mais on aurait dû me demander —, ce que signifie dans ma bouche, dans la bouche du premier immoraliste, le nom de Zarathoustra, car c'est juste le contraire qui fait le caractère énormément unique de ce Perse dans l'histoire. Zarathoustra, le premier, a vu dans la lutte du bien et du mal la vraie roue motrice du cours des choses. La transposition en métaphysique de la morale conçue comme force, cause, fin en soi, telle est son œuvre. Mais cette question pourrait au fond être considérée déjà comme une réponse. Zarathoustra créa cette fatale erreur qu'est la morale ; par conséquent il doit aussi être le premier à reconnaître son erreur. »[1] Le livre comporte quatre parties, et commence par un prologue. Selon les déclarations de Nietzsche, chaque partie fut composée en une dizaine de jours. Néanmoins, les brouillons des textes infirment cette affirmation, et Nietzsche voulait sans doute parler de la phase finale d'écriture. Il a décrit, dans Ecce homo, la violente inspiration qui l'avait saisi dans la composition de ce poème :« Tout cela se passe involontairement, comme dans une tempête de liberté, d'absolu, de force, de divinité... C'est dans le cas de l'image, de la métaphore, que ce caractère involontaire de l'inspiration est le plus curieux : on ne sait plus du tout ce qui est symbole, parallèle ou comparaison : l'image se présente à vous comme l'expression la plus juste, la plus simple, la plus directe. Il semble vraiment, pour rappeler un mot de Zarathoustra, que les choses mêmes viennent s'offrir à vous comme termes de comparaison. » Nietzsche considéra cette œuvre comme le péristyle de sa philosophie, et Le Gai Savoir et Par-delà bien et mal comme ses commentaires, l'un écrit avant le texte, l'autre l'expliquant d'une manière trop cultivée pour être accessible[2].Nietzsche présente lui-même ce livre comme un « 5e évangile », il veut en faire l'équivalent des poèmes de Goethe et des textes de Luther.[réf. nécessaire] Ainsi parla Zarathoustra est ainsi à la fois un long poème et une œuvre de réflexion sur une nouvelle promesse d'avenir pour l'homme. Mais c'est aussi une parodie[3]. Zarathoustra se retirant dix ans dans la montagne, et sentant un jour le besoin de partager sa sagesse, rappelle le séjour du Christ dans le désert, et certains passages du quatrième livre font songer à la cène. Les symboles religieux ou ésotériques sont également très nombreux. Enfin on ne peut s'empêcher de songer à saint François, modèle d'amitié entre les hommes et les animaux. Destin de l'œuvre [modifier]Le texte fut publié par partie. Il n'eut aucun succès, et Nietzsche dut publier la dernière partie à compte d'auteur (1885). Les quatre parties furent publiées ensemble pour la première fois en 1892.Les lettres de Nietzsche, et certains fragments, témoignent du dégoût qui s'empara de Nietzsche quand il constata que des antisémites s'étaient approprié le nom de Zarathoustra :« Il y a quelque temps, un certain Theodor Fritsch de Leipzig m’a écrit. En Allemagne, il n’existe pas d’engeance plus impudente et crétine que ces antisémites. Je lui ai adressé, en signe de remerciement, un beau coup de pied en forme de lettre. Cette canaille ose prononcer le nom de Zarathoustra. Immonde ! Immonde ! Immonde ! » Nietzsche s'est fait une haute idée de son livre, et il ne pensait pas que l'on puisse le comprendre avant longtemps. Aussi, face à cette situation et à cette réception inattendue par des personnes qu'il méprisait, il écrivit plus tard, dans Ecce homo (1888) :« — Hélas ! mon Zarathoustra cherche encore cet auditoire [capable de le comprendre], il le cherchera longtemps ! »[4] La qualité poétique du livre a été diversement appréciée. Heidegger par exemple y trouve des passages saisissant par leur beauté, mais estime que bien d'autres passages sont plats ou insipides[5]. Composition de l'œuvre [modifier]Ainsi parlait Zarathoustra se compose de discours, de paraboles, de poésies et de chants répartis en quatre livres. Bien que l'ensemble puisse au premier abord présenter une apparence disparate, Eugen Fink a souligné la forte unité de ce poème. En effet, Zarathoustra commence par annoncer la mort de Dieu, condition préalable à l'enseignement du Surhomme, abordé dans le prologue et dans le premier livre, où la parabole du chameau constitue une annonce de son destin. Le deuxième livre expose la pensée de la Volonté de puissance, qui est la pensée du dépassement de soi conduisant au Surhomme. Puis le troisième livre tourne autour de l'Éternel Retour, affirmation la plus haute de la Volonté de puissance et idée sélectrice destinée à poser les conditions qui dans l'avenir permettront l'avènement du Surhomme. La dernière partie tourne autour des hommes supérieurs et de la tentation de la pitié qui est pour Nietzsche la tentation nihiliste par excellence. C'est pour Zarathoustra le dernier obstacle à l'affirmation de la vie et le début d'une nouvelle transfiguration, avec laquelle l'œuvre se termine, transfiguration vers l'amour et la joie symbolisés par le lion devenu docile et rieur et entouré d'une nuée de colombes. D'emblée, Nietzsche nous introduit dans un monde allégorique. Zarathoustra, qui s'était retiré dans une caverne dans la montagne pendant dix ans, revient parmi les hommes pour leur faire partager sa pensée (§ 1). Une première version du premier paragraphe du prologue se trouve dans Le Gai Savoir, § 342. L'aphorisme est intitulé Incipit tragœdia et s'achève par les mêmes mots : « — Ainsi commença le déclin de Zarathoustra. »Alors qu'il traverse la forêt, Zarathoustra rencontre un vieil ermite avec qui il discute. Mais lorsqu'il se rend compte que le vieillard a consacré sa vie à Dieu, Zarathoustra préfère s'en aller de crainte de le priver du sens de son existence en lui révélant que Dieu est mort (§ 2). Ce thème ouvre ainsi le voyage de Zarathoustra parmi les hommes, et marque le point de départ de la pensée du Surhomme que Zarathoustra va leur divulguer : Dieu n'étant plus la finalité de la volonté humaine, il faut que l'homme se fixe un but immanent qui passe par son propre dépassement.Zarathoustra parvient ensuite à une ville, et commence à s'adresser à la foule rassemblée. Il parle d'abord du Surhomme (§ 3 et 4), puis du dernier homme (§ 5), mais constate son échec dans les deux cas. Dès lors, il décide de s'adresser à un public choisi, qu'il conçoit non comme des disciples, mais comme des compagnons :« Des compagnons, voilà ce que cherche le créateur et non des cadavres, des troupeaux ou des croyants. Des créateurs comme lui, voilà ce que cherche le créateur, de ceux qui inscrivent des valeurs nouvelles sur des tables nouvelles. » (§ 9) Commence une phase de prédication, qui constitue le premier livre, tourné vers l'enseignement du Surhomme. Le livre commence par la célèbre parabole des trois métamorphoses qui apparaît comme un second prologue du livre :« Je vais vous dire trois métamorphoses de l'esprit : comment l'esprit devient chameau, comment le chameau devient lion, et comment enfin le lion devient enfant. » La compréhension de ce passage est ardue. Le chameau est une bête de somme, qui en se chargeant de valeurs héritées pour affronter le désert se rend prisonnier. Les « valeurs millénaires » en question sont les valeurs chrétiennes et leurs succédanés. Le lion affronte ce fardeau de devoirs qui forment un « Grand Dragon ». Il le terrasse et détruit jusqu'à ses ruines même (le socialisme, l'anarchisme, mais aussi le positivisme sont pour Nietzsche issus du christianisme), c'est une figure nihiliste. Après s'être débarrassé de ses chaînes, le lion doit encore devenir enfant pour créer de nouvelles valeurs, bâtir en toute innocence - c'est à dire débarrassé du ressentiment caractéristique des faibles - un nouveau monde, celui d'un surhomme. Cette figure de l'enfant comme « innocence et oubli, commencement nouveau, jeu, roue qui se meut d'elle-même, premier mobile, affirmation saine »[6] est reprise d'Héraclite.Il parle à ses compagnons des prédicateurs de la mort et des arrières-mondes, des vertus, de la justice, de l'État, de l'amitié, de la finalité de l'humanité (et donc du Surhomme), du suicide, de la générosité. Une grande partie de ces thèmes sont issus des œuvres précédentes. Ils forment une critique de la métaphysique et de la morale, et invitent l'homme à créer par dessus lui-même.« Hélas! j'ai connu des hommes nobles qui perdirent leur plus haut espoir. Et dès lors ils calomnièrent tous les hauts espoirs. » À chaque fin de livre Zarathoustra sent le besoin de retourner dans la solitude, ce qui marque une progression dans l'état d'esprit de Zarathoustra. Il part ainsi à la fin du premier livre, en suppliant ses compagnons de rester fidèles à la terre et rappelle la grande promesse à laquelle la volonté doit se tenir :« "Tous les dieux sont morts : nous voulons, maintenant, que le surhumain vive !" Que ceci soit un jour, au grand midi, notre dernière volonté ! — » Le deuxième livre reprend sur le départ de Zarathoustra :« Alors Zarathoustra retourna dans les montagnes et dans la solitude de sa caverne pour se dérober aux hommes, pareil au semeur qui, après avoir répandu sa graine dans les sillons, attend que la semence lève. » Par cette progression, Nietzsche dramatise l'exposition de sa doctrine ; le livre n'est pas une suite de discours, mais le récit des métamorphoses de son personnage principal.Cette partie voit surgir le thème du dépassement de soi et la Volonté de puissance :« Partout où j'ai trouvé quelque chose de vivant, j'ai trouvé de la volonté de puissance ; et même dans la volonté de celui qui obéit j'ai trouvé la volonté d'être maître. Que le plus fort domine le plus faible, c'est ce que veut sa volonté qui veut être maîtresse de ce qui est plus faible encore. C'est là la seule joie dont il ne veuille pas être privé. Et comme le plus petit s'abandonne au plus grand, car le plus grand veut jouir du plus petit et le dominer, ainsi le plus grand s'abandonne aussi et risque sa vie pour la puissance. C'est là l'abandon du plus grand : qu'il y ait témérité et danger et que le plus grand joue sa vie. »[7] Cette partie se termine par un défi que Zarathoustra devra relever dans la troisième partie :« Je vous dis ceci en guise de parabole. Hier à l'heure la plus silencieuse le sol m'a manqué : le rêve commença. L'aiguille s'avançait, l'horloge de ma vie respirait, jamais je n'ai entendu un tel silence autour de moi : en sorte que mon cœur s'en effrayait. Soudain j'entendis l'Autre qui me disait sans voix : "Tu le sais Zarathoustra." — Et je criais d'effroi à ce murmure, et le sang refluait de mon visage, mais je me tus. Alors l'Autre reprit sans voix : "Tu le sais, Zarathoustra, mais tu ne le dis pas !" — Et je répondis enfin, avec un air de défi : "Oui, je le sais, mais je ne veux pas le dire !" Alors l'Autre reprit sans voix : "Tu ne veux pas, Zarathoustra ? Est-ce vrai ? Ne te cache pas derrière cet air de défi !" — Et moi de pleurer et de trembler comme un enfant et de dire : "Hélas ! je voudrais bien, mais comment le puis-je ? Fais-moi grâce de cela ! C'est au-dessus de mes forces !" Alors l'Autre repris sans voix : "Qu'importe de toi, Zarathoustra ? Dis ta parole et brise-toi !" — »[8] La troisième partie voit ainsi Zarathoustra vaincre la pesanteur de la pensée la plus lourde, l'Éternel Retour, et ce sont ses animaux qui formulent la pensée dont il est accablé :L'aigle, sagesse de Zarathoustra.« — "O Zarathoustra, dirent alors les animaux, pour ceux qui pensent comme nous, ce sont les choses elles-mêmes qui dansent : tout vient et se tend la main, et rit, et s'enfuit — et revient. Tout va, tout revient, la roue de l'existence tourne éternellement. Tout meurt, tout refleurit, le cycle de l'existence se poursuit éternellement. Tout se brise, tout s'assemble à nouveau ; éternellement se bâtit la même maison de l'être. Tout se sépare, tout se salue de nouveau ; l'anneau de l'existence se reste éternellement fidèle à lui-même. »[9] Zarathoustra prend alors conscience qu'il est celui qui enseigne l'Éternel Retour, et que ceci est son destin et également son plus grand danger :« Ainsi — finit le déclin de Zarathoustra. » Toutefois, Nietzsche a souligné que l'ensemble du livre est centré sur un chapitre de cette partie[10], chapitre sur les anciennes et les nouvelles tables de valeurs à créer :« Je suis assis là et j'attends, entouré de vieilles tables brisées et aussi de nouvelles tables à demi écrites. Quand viendra mon heure ? »[11] L'un des signes de la dernière transfiguration de Zarathoustra.Dans la quatrième partie, Zarathoustra rencontre des hommes supérieurs, et il s'entoure d'eux, les invitant à partager son repas. Chacun de ses hommes supérieurs représente un certain type d'homme dont l'idéal est brisé ou anéanti (Dieu, la vérité, l'art), mais qui ne peut se résoudre à en tirer les conclusions en se dépassant soi-même. Aussi ces hommes supérieurs sont-ils pour Nietzsche supérieurs par ironie, et souffrent intimement de leur incapacité à se réaliser. Ce sont, aux yeux de Nietzsche, des hommes faibles, maladifs, estropiés, comédiens de leur anciennes vertus.C'est de cette souffrance de l'homme supérieur, et du pessimisme qui en résulte (ce qui vise Schopenhauer), que Zarathoustra va devoir se garder, en vainquant la pitié qu'il éprouve pour eux :« [...] qu'est-ce qui m'a été réservé comme mon dernier péché ?" — Et encore une fois Zarathoustra se replia sur lui-même, en s'asseyant de nouveau sur la grosse pierre pour réfléchir. Soudain il se redressa : — "Pitié ! La pitié pour l'homme supérieur ! s'écria-t-il et son visage devint de bronze. Eh bien ! Cela — a eu son temps ! »[12] Il commence alors une nouvelle transfiguration, la dernière du livre :« [...] "Eh bien ! Le lion est venu, mes enfants sont proches, Zarathoustra a mûri, mon heure est venue : — Voici mon aube matinale, ma journée commence, lève-toi donc, lève-toi, ô grand midi !" — Ainsi parlait Zarathoustra et il quitta sa caverne, ardent et fort comme le soleil du matin qui surgit des sombres montagnes. »[13] Les figures poétiques [modifier]Ainsi parlait Zarathoustra est une œuvre riche en figures philosophico-poétiques. On peut citer : l'enfant, le lion, le serpent, l'aigle, le soleil, Zarathoustra, le nain. Le lion apparaît tout d'abord dans le premier discours de Zarathoustra, intitulé « Les Trois métamorphoses. » Il symbolise la puissance, l'audace, l'indépendance et la révolte contre les valeurs établies. Mais c'est une puissance stérile :« Affamée, violente, solitaire, sans Dieu : ainsi se veut la volonté du lion. » (Z., II, « Des sages illustres »). À partir du livre III, le lion devient un signe avant-coureur :« C'est ce que j'attends maintenant : car il faut d'abord que me viennent les signes annonçant que mon heure est venue, — le lion rieur avec l'essaim de colombes. » Le caractère héroïque du lion (héroïsme de la connaissance) se transforme et s'adoucit : le lion devient rieur, son rugissement, qui était d'abord le signe de la révolte, devient un rugissement doux et calme. Sa dernière apparition est une image solaire inspirée de Goethe[14], image qui montre un Zarathoustra au seuil d'une nouvelle métamorphose, celle d'une nouvelle aurore et d'un Grand Midi, évoquée également dans Le Crépuscule des Idoles :« "Le signe vient", dit Zarathoustra et son cœur se transforma. Et, en vérité, lorsqu'il vit clair devant lui, une énorme bête jaune était couchée à ses pieds, inclinant la tête contre ses genoux, ne voulant pas le quitter dans son amour, semblable à un chien qui retrouve son vieux maître. Les colombes cependant n'étaient pas moins empressées dans leur amour que le lion, et, chaque fois qu'une colombe voltigeait sur le nez du lion, le lion secouait la tête avec étonnement et se mettait à rire. En voyant tout cela, Zarathoustra ne dit qu'une seule parole : "Mes enfants sont proches, mes enfants", — puis il devint tout à fait muet. Mais son cœur était soulagé, et de ses yeux coulaient des larmes qui tombaient sur ses mains. [...] [...] "Eh bien ! Le lion est venu, mes enfants sont proches, Zarathoustra a mûri, mon heure est venue : — Voici mon aube matinale, ma journée commence, lève-toi donc, lève-toi, ô grand midi !" — » La suite de Ainsi parla Zarathoustra [modifier]Nietzsche avait prévu d'écrire un cinquième livre, dont l'une des fins possibles était le suicide de Zarathoustra, se jetant dans un volcan, comme
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