Blog

A propos du blogueur

Salut à tous, mon nom c'est Frédéric Ouattara dit Freddycorneil étudiant en deuxième année de philosophie à l’Université de Cocody (Abidjan) et informaticien . Ce blogue mis à votre disposition n’est rien d’autre que la sélection d’informations sur le site de recherche www.google.com d’où un blogue de stockage de données philosophiques. Voilà pourquoi je vous invite à faire vos recherches dans la partie notée CATEGORIE pour y retrouver ce dont vous recherchez. Merci à vous et bonne visite sur ce blogue de stockage. pour plus d'info volà mon n° (+225)01995796

Menu

Album photos
Accueil
Voir mon profile
Archives
Email
Blog RSS

Catégories

Citations
Descartes
Epistémologie
HEGEL
kant
Logique (frege)
Métaphysique
NIETZSCHE
Philosophie africaine
Philosophie politique et Morale
photo
Platon
Saint Augustin
Spinoza

Amis

2
champion
audrey

Liens

Services


Sondage

RECHERCHES PHILOSOPHIQUES

Existe t-il une philosophie africaine ?

  : Ajouté le 16/5/2008 à 09:08 PM

Existe t-il une philosophie africaine ?
                                                                7601 visites  
Une    publication      de     recherches de    Mr     KOM       K.    BERNARD Maître      des   sciences       Mathématiques Chercheur    Indépendant à  MBANGA -CAMEROUN-
   
                           E x i s t e    - t- il    une     Philosophie       Africaine ?
 Voila une problématique qui jusqu’alors est restée assez vivante dans l’univers global de la pensée philosophique de ces dernières décennies. Suscitant toujours davantage d’engouement, cette question a proliféré au fil des ans des controverses géantes et des affrontements idéologiques parfois intenses entre divers courants de pensée, qu’ils soient africains ou non.              Si une telle question est si souvent remise à l’ordre du jour, si elle comporte par ailleurs un certain  enjeu idéologique que l’on imagine pour l’avenir mental de continent africain, pourquoi ne pas émettre, par la présente, une réflexion supplémentaire ?               Une démarche d’analyse de ladite problématique consisterait, par exemple,en une réflexion préalable sur la nature fondamentale de la pensée,en une remise en question de thèses pessimistes, suivies, d’une évocation de quelques appréhensions africaines notables à cet égard, et d’un regard sur le présent         La philosophie comme plongée dans la mer métaphysique cessera-t-elle jamais d’interroger l’humain ? Philosopher, qu’est-ce donc, sinon l’art de penser ? Oui,penser la nature humaine et ses mystères, penser l’univers dans ses différents aspects .Penser, penser et penser encore ,n’est-ce pas là , la gymnastique fondamentalement caractéristique du philosophe ?Si l’art de la Philosophie est si allié à celui de la pensée, cela ne légitime-t-il pas assez l’idée de ramener une question philosophique à une question de pensée ?Certains humains, dont les Africains, seraient-ils par nature inalpes à penser ? Est-ce tout à fait vraisemblable pareille réflexion ?            Une pensé, dans son essence, se trouve être une chaîne plus ou moins harmonieuse d’idées produites par l’esprit humain, une émanation libre du moi supérieur. Une pensée peut, de ce fait, s’assimiler à un assemblage réglable d’entités ou de particules spirituelles, qui s’opère très librement dans le mental de l’humain, et de tout humain. De part cette nature impalpable, supérieure, abstraite et naturelle, de la pensée, mérite t-elle que certains l’enferment dans le concept espace-temps ? Est-il objectif de renier tout  activité pensante à tel peuple parce qu’il est du passé ou à tel autre parce qu’il réside en tel lieu ? Ne serait-ce pas pour ceux-là une tentative, malheureusement maladroite, de s’approprier, de nationaliser une donnée universelle, indépendante, incontrôlable et même divine ? Pourquoi vraiment tiennent-ils à revêtir forcément la philosophie, dame céleste, l’un boubou racial, comme déjà d’aucuns ont toujours tenté de le faire pour l’intelligence humaine vis-à-vis des Noirs ? Comment considérer la pensée comme le privilège d’un peuple ou d’une époque ?                     La pensée n’a-t-elle pas toujours été et ne sera-t-elle pas toujours ? Mieux encore, et cela doit étre clair, comme l’intelligence, la créativité ou toute autre faculté mentale en générale, la pensée n’a pas de nationalité, et sa force est sans rapport quelconque avec la couleur de peau. Même la cellule nerveuse qui constitue l’élément physique moteur dans l’art de penser n’est pas  de couleur et sa puissance nullement dépendante de la race du sujet. Nulle science objective n’a véritablement prouvé le contraire et peut-être gagnerait –on  à en rester là, étant entendu que toute navigation  à  contre  courant  serait  probablement  trop               aventureuse, subjective , flou et même intellectuellement périlleuse.                  Il est ainsi donné à tout humain , comme un droit naturel , de devenir   moyennant  une simple prise de conscience, un homme neuronal , un être pensant, un philosophe plein. Les facultés humaines, quelles soient mentales ou spirituelles ne sauraient être, ni une exclusivité régionale, ni même des données figées (même si d’aucuns croient au Q.I. , Quotient Intellectuel ) , mais bien plutôt des valeurs sujettes à des fluctuations . Le philosophe Claude Bernard n’exprimait-il pas déjà que «  chaque humain est juste aussi  intelligent  qu'il veut » ?                     Si enfin, l’examen de la nature  intrinsèque de la pensée vient à troubler les thèses opposées à l’existence d’une philosophie africaine, qu’en est-il ensuite de la remise en question de ces propres thèses. ?                     Face à des assauts quelques fois acharnés à refuser toute philosophie africaine  (HEGEL, HEIDEGGER etc.…) l’on ne peut s’empêcher de redouter la bonne foi des idéologues  concernés.                N’est-ce pas prétentieux de s’ériger soi-même en Maître exclusif  de la philosophie ? Et si pareille subjectivité était simplement guidée par le désir classique d’assurer un contrôle continu des consciences africaines ? Quand on sait que l’Afrique a subi trois siècles d’exclavages et plusieurs décennies d’un colonialisme sur mesure, et qu’elle est en proie permanente à un  néocolonialisme  toujours plus raffiné , l’on réalise la nécessité probable d’oeuvrer dès lors pour une autre indépendance africaine; l’indépendance philosophique . Qu’il sont durs et malvenus leurs propos !Lévy –BRUHL trouve en le Noir une mentalité prélogique, une absence de raison, un entendement limité à comprendre le langage conceptuel et par conséquent une incapacité à philosopher. Comment un être moitié humain, et donc animal, irait-il philosopher, selon lui ? HEGEL dans la même envolée, réduit le Noir à la sauvagerie et l’animalité , à un être sans raison , anhistorique , à une enfance éternelle , plongée dans la couleur noire de la nuit noire.         Et comme si cela ne suffisait pas, HEIDEGGER enchaîne  que la  philosophie étant de source hellène, il ne saurait y avoir de philosophie en dehors de ce foyer géographique, tout à fait  autant  que le poète président africain attribua la raison à l’hellénisé lorsqu’il ramena le nègre à l’émotion.Ces thèses sont assez fluides, et il est un peu déplorable qu’elles fassent encore fureur dans la contemporanéité philosophique , car les travaux titanesque du Pr CHEIKH ANTA DIOP les obligent bien malheureusement à la désuétude. Si ce dernier  est parvenu aujourd’hui à démontrer que l’homme est né en Afrique et que d’autres chercheurs à sa suite tels que  le Dr Robert AKAMBA (Adam et Eve étaient noirsJésus Christ est un   Africain)   ou le généticien  Français Gérard LU COTTE (Eve était noire) le confirment d’une façon ou d’une autre, cela est tout même une preuve suffisante que l’homme Noir n’est pas anhistorique et qu’il est d’ailleurs au début de l’histoire humaine. De plus, si la philosophie et la mathématique sont nées en Egypte ( pour se limiter à cela ) toujours selon l’oeuvre du Pr CHEIKH ANTA DIOP ,   y a-t-il fort à faire  pour déduire que  la pensée et la raison, loin d’être  étrangères, sont plutôt originellement nègre ? Donc, la raison fut nègre, puis hellène, et enfin  mondialement   partagée. Descartes n’atteste-t-il pas d’ailleurs cette « mondialité » de la raison, comme étant «  la chose  du monde la mieux partagée » ?D’autre part, une thèse admirable de défense est celle émise par sa sagesse AMADOU HAMPATHE BA, au cours d’une assemblée générale de l’UNESCO à Paris ; «chaque fois  qu’un vieillard meurt en Afrique, c’est une bibliothèque qui brûle ». Aussi avait-il précisé au préalable, un argument de poids en faveur d’un savoir africain. Comme quoi, l’oralité (africaine) n’est nullement la négation du savoir, mais bien plutôt le lit original de celui-ci, contrairement à l’écriture (occidentale)qui n’est que « la photographie du savoir »,ou encore « un puit qui reçoit ses eaux du dehors », pour reprendre les termes de cet illustre homme.                  Alors, est-ce bien sensé de douter continuellement de l’existence d’une philosophie (orale) africaine, dans les programmes scolaires ? L’absence d’écriture, donc de manuels vulgarisés doit-elle logiquement s’interpréter telle une absence de philosophie africaine ?       Par ailleurs, mise à part la brillante civilisation pharaonique africaine,l’Afrique de l’ouest a été entre le treizième et le seizième siècle de notre ère, le siège de grandes universités africaines ou furent distillées, par de grands maîtres, les mathématiques ,l'astronomie, les sciences ésotériques, la poésie etc.….Tombouctou(Mali), comme le prouve SALEM OULD DJHAR (tombouctien chercheur et dépositaire, entre autres, de cette connaissance), abrite de nos jours des manuscrits témoins de cette époque d’une pensée africaine florissante. Est-ce un hasard ou un don gratuit que Tombouctou soit considérée  « ville du proverbe » ? une visite à TOMBOUCTOU ne serait-elle pas plus édifiante et  tout simplement ? A la fin, le combat pour la légitimation d’une philosophie africaine n’est-il pas purement dénué de sens réel, si tant de données historiques ou présentes attestent déjà objectivement le fait.Cependant, malgré la multiplicité d’arguments favorables à cette existence, il ne serait pas vain d’achever la présente analyse en se posant la question naturelle pourquoi alors visiblement cette situation d’assistanat intellectuel de l’Afrique par l’occident ? Pourqoi le contexte présent d’une sorte d’hégémonie culturelle, scientifique, etc… de l’occident ? Qu’est donc devenue la puissance intellectuelle historique de l’Africain ?Il faut dire que les siècles de colonisation, doublés des décennies de colonialisme ont contribué sur toute la ligne à raser la substance grise du négre. Une si longue période de pillage et d’esclavage mental vis-à-vis d’un peuple constitue une véritable dévastation, strictement au moins comparable à celle de bombes atomiques, encore qu'une telle dette n'ait jamais connu réparation. Il a été question, l’on le réalise, d’induire habilement en l'Africain, durant tout ce temps, le terrible virus de l’afro pessimisme, qui jusqu’aujourd’hui gangrène imperturbablement des générations et des générations d’Africains, même grands intellectuels. Y aurait il meilleure façon de détruire la force intellectuelle, la conscience d’un peuple que d’entretenir tous les jours en lui le sentiment de la négation soi ? Pourquoi l’Afrique se relèverait-elle de si tôt d’une puce maléfique qu’on lui a méticuleusement inoculé pendant des siècles. Le jeune Noir sera-t-il afro optimiste, deviendra-t-il à nouveau lui-même tant qu’il n’aura pas procédé à une épuration mentale de son néocolonialisme ? Jamais, en fait, la maîtrise de soi ne passe par l’assimilation à l’autre, mais bien plutôt par l’aspiration profonde à soi-même.D’autre part, il doit être définitivement entendu que ce décalage intellectuel              Afrique Occident n’est ni un état figé, ni une quelconque volonté d’une quelconque divinité comme d’aucuns pourraient penser, même naïvement ou par influence. Qui a dit que Dieu a crée des peuples avec la prédisposition naturelle à asservir, précéder ou guider les autres ? Foutaises, non ? Chaque être humain ne manifeste-il pas simplement ce en quoi il croit ? Chacun n’a-il pas le pouvoir divin de devenir ce qu’il veut être ? La magie de la patience, de la détermination et de la foi ne suffit-elle pas à modeler la valeur intrinsèque de l’être ? Pourquoi se laisser contrôler pour des pensées égoïstes à but simplement dominateur, véhiculées par d’autres ? N’est-ce pas là une sorcellerie savante et subtile que la majorité africaine assimile pieusement de l’occident ?Enfin il faut préciser que la « supériorité » occidentale actuelle est exclusivement matérielle, et donc bien périssable, et nullement pas une prescription de la nature. L’occidental assoit aujourd’hui son leadership uniquement par la donnée matérielle (valeur artificielle) qu’il a crée, et non pas qu’il est bâti par nature pour être plus intelligent ou plus créatif que l’Africain. Toute tentative à prouver une supériorité mentale naturelle du Blanc sur le noir, il faut le dire, ne sera jamais que maraboutage et mascarades scientifiques. Le cas de l’astronome physicien CHEIKH MODIBO DIARRA parle de lui-même et n’est point isolé comme modèle de prouesse scientifique africaine. L’afro optimisme viendra-il un jour à bout du néocolonialisme ambiant dans le combat quotidien qui les oppose. Viendra-il alors le règne de l’afro optimisme au cours duquel le jeune africain reprenne conscience positive et travaille pour sa libération ? c’est l’équation panafricaine du troisième millénaire. Alors, existe-il une philosophie africaine ? La question a-elle véritablement un sens? Est-il raisonnable de s’évertuer à résoudre un problème à peine bien posé ? Devra-t-on tergiverser à jamais sur ce sujet ? La donne n’apparaît-elle pas déjà telle une butée à l’avancée de la pensée africaine moderne ? Pourquoi obscurcir ainsi dangereusement l’avenir mental de jeunes africains ? Et s’il s’agissait de rénover les programmes scolaires et universitaires, plutôt que d’espérer vainement, un jour ou l’autre, la délivrance officielle et sollenelle d’un certificat de philosophie africaine, à l’Afrique par l’occident ! Et puis, qui gouverne le savoir ? L’occident ou le Dieu univers ? s’autogérer n’est-ce pas aussi choisir ses propres options idéologiques ?Le sort de l’Afrique n’est pas une fatalité, mais un conditionnement mental bien réversible.Alors, alors que la caravane passe, gentiment. Ampliation :                 -      Universités,-         Inspections de philosophie,-         Enseignants, Etudiants, etc.… KOM   BernardMathématiques, chercheur indépendant- S/C B.P.097 Lycée de MBANGA Tel : 49.36.64 ou - S/C B.P.048 MBANGA, Tel : 49.35.47              
 
  
» Catégorie Philosophie africaine
Commentaires (0) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

l'éthnophilosophie

  : Ajouté le 28/4/2008 à 04:01 PM

Du problème de la philosophie africaine

   

Propos Libre

Pierre Bamony

La philosophie africaine soulève d'énormes problèmes qui secouent non seulement le monde intellectuel africain, mais également certains milieux intellectuels européens. Les questions tournent essentiellement autour de cette interrogation : existe-t-il ou non une philosophie spécifiquement africaine ? Il faudrait, semble-t-il, s'interroger d'abord sur ce qu'est la philosophie dans ses acceptions africaines ; ou plus exactement, il faudrait savoir si la conception ou l'idée même de philosophie en Occident peut s'appliquer dans un autre monde culturel, comme par exemple, le monde africain. Ce qui signifie une analyse préalable de la définition de ce concept' dans son milieu originaire.

La philosophie, telle qu'elle nous est enseignée, apparaît comme un discours qui comprend et développe des connaissances. Or, le discours qui relève du développement d'une intuition originale ou d'une hypothèse, s'achève, temporairement du moins, par un enchaînement de notions, de concepts qui constituent ici ce qu'on appelle la pensée discursive ou pensée rationnelle. Cet enchaînement se présente sous la forme de jugements. Mais, l'idée du concept philosophique a subi une évolution dans sa définition, dans sa propre histoire, depuis sa genèse que l'on situe dans la Grèce antique (VI-VIIe siècle av. J.-C.).

I — Une brève histoire de la sémantique philosophique

Dans sa forme élémentaire et primordiale, la philosophie avait pour objet la sagesse (le désir, l'amour de la sagesse), la philêin, en tant qu’activité intellectuelle spécifique –qui a donné lieu à une forme de savoir scientifiquement organisé- voulant désigner trois réalités pour les Présocratiques fondamentalement : l'habilité spécialisée dans tel ou tel domaine du savoir, l'érudition et la sagesse émanant de l'expérience propre appelée elle-même à être dépassée. Pour ce faire, on peut dire que la philosophie relève de la réflexion personnelle en tant qu'interrogation sur la vie, la destinée des hommes et du monde. En ce sens, on philosophe, on pense d'abord pour soi-même. Cependant, selon Pythagore, seuls les dieux sont philosophes (sages), car l'homme ne peut en rien prétendre être sage en raison de ses faiblesses spécifiques. L’homme, en ce sens, ne peut être que zélateur de la sagesse.

Sous l'influence socratique, le mot philosophie a eu à désigner tour à tour l'éloquence, la pratique morale, voire ce qu'on pourrait appeler la culture. Mais avec Aristote, cette définition va s'étendre à d'autres domaines et ainsi devenir hétérogène ; définition dont la validité va traverser tout le Moyen-âge jusqu'à Descartes, voire Kant. Aristote englobe, comme autant de domaines philosophiques, ses ébauches de sciences expérimentales, l'astronomie, les mathématiques, la logique, la métaphysique etc. Aux yeux de Descartes (XVIIe siècle), la philosophie apparaît comme un grand arbre : les racines figurent la métaphysique, le tronc la physique, les branches issues de ce tronc les autres sciences[1]. Cette définition, même complète, était elle aussi temporaire. En effet, à partir de Kant (XVIIIe siècle), la philosophie subit une autre conception : elle se divise alors en métaphysique, psychologie, logique et morale. Sans entrer dans les détails de l'évolution qu'allait prendre cette nouvelle définition, disons que chacun de ces domaines, comme la physique, finit par prendre une autonomie par rapport la philosophie à partir du dix-neuvième siècle jusqu'à nos jours. Certes, si on parle encore de philosophie morale, il n'est plus question de philosophie psychologique. Tous ces domaines de la connaissance, nés de la philosophie, sont étudiés en philosophie non pas en tant qu'ils font intrinsèquement partie d'elle, mais en fonction uniquement de ces domaines eux-mêmes.

En fait, la philosophie, dans son acception occidentale., pourrait donc se résumer en ceci : d'une part, elle désigne un ensemble de spéculations personnelles sur des données objectives telles que des points de vue interrogatifs ou discursifs sur la cosmologie, la cosmogonie, la vie et les hommes ou des points de vue sur l'expérience scientifique à une époque donnée ; d'autre part, elle désigne et implique à la fois des principes méthodiques et des éléments de base d'une science quelle qu'elle soit. En raison de sa complexité, peut-on, en ce sens, parler d'une philosophie africaine ?

II — La position de Paulin Hountondji (Sur la "philosophie africaine" Ed. P. Maspéro, Paris 1980)

Si l'on s'en tient à la définition de la philosophie en tant que savoir scientifiquement organisé, il n'est pas étonnant que les Occidentaux, jusqu'à une époque récente, refusent à toutes les démarches intellectuelles des élites africaines, l'application du terme philosophique. En effet, les civilisations africaines, productrices de cultures orales, ou plus exactement, fondées sur des cultures orales, n'ont pas cet exercice intellectuel qui conduit à une rigueur d'analyse et des points de vue sur les phénomènes physiques, morales ou psychiques. Ce refus, que l’on prétend objectivement défendable et valable, il convient de le remarquer, avait un arrière fond de préjugé : l'incapacité manifeste des Noirs à raisonner de façon logique, c'est-à-dire scientifique. D'où l'idée d'une supériorité intellectuelle des Occidentaux par rapport aux populations issues du continent noir. Dans la mesure où la philosophie a conduit la civilisation euro- américaine à cet extraordinaire progrès des idées que l'on sait aujourd'hui, à cette accumulation culturelle gigantesque, à ce grand développement technique et industriel, et dans la mesure où cette réalité est spécifiquement occidentale, il n'est donc pas possible que les civilisations africaines puissent avoir la maîtrise de la philosophie. Il n'est même pas concevable que les Noirs puissent être philosophes ou des hommes de science, dans l'acception rigoureuse de ce terme.

C'est sans doute pour répondre à ces jugements négatifs sur les Noirs que des Occidentaux entreprennent d'écrire des ouvrages habillés du caractère philosophique (tout au moins des ouvrages ainsi nommés) dans le cadre des cultures africaines. L'exemple le plus patent est le livre de R. P. Placide Tempels, La philosophie bantoue (Éd. Présence Africaine, Paris, 1949). Ce livre, qui a fait beaucoup de bruit en son temps et qui continue aujourd'hui encore de susciter de nombreuses controverses, s'inscrit dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler communément l'ethnophilosophie. Quelle idéologie véhicule intrinsèquement cette sorte de philosophie ?

Selon l'éminent philosophe Béninois, Paulin Hountondji qui, dans un premier temps, s'acharne à réfuter le bien-fondé de l'ethnophilosophie, celle-ci, à l'origine, a pour but d'instaurer la possibilité d'un dialogue entre les doctes européens. Même si elle est fondée sur l'analyse des traditions de population typiquement africaine, en l'occurrence les Bantou, elle s'adresse d'abord et surtout aux coloniaux et aux missionnaires chargés de l'éducation et de la civilisation des peuples non occidentaux. Ainsi, la culture bantoue n'est pas une finalité en soi. On n'accorde même pas d'intérêt aux Bantous eux-mêmes, producteurs de cette dite philosophie. Tout se passe au-dessus et hors d'eux. Un discours intellectuel est instauré par leur biais et à leur propos, mais ils ne sauraient constituer des interlocuteurs, d'autant plus qu'ils sont malgré eux créateurs de cette dite philosophie. Ils la vivent en la produisant culturellement mais ils s'avèrent incapables de la comprendre en la créant. Quelles sont alors les raisons qui conduisent Paulin Hountondji à réfuter cette soi-disant philosophie ?

a) Ce que cet auteur réfute dans ce type de philosophie c'est, d'une part le caractère malsain des présupposés à partir desquels elle se fonde et se justifie. En effet, elle a pour but de montrer aux Occidentaux que le Noir sait et peut penser presque à la manière occidentale, qu'il détient une philosophie inconsciente. À ce titre, elle vise à le soustraire de leurs préjugés négatifs, à le rehausser en le réhabilitant dans une image digne d'attention et de curiosité intellectuelle de la part des Européens. N'est-ce pas vouloir attribuer aux cultures africaines l'intention d'une revendication mendiante, d'une réhabilitation qui n'a pas lieu d'être, en se fondant justement de tels présupposés ? D'autre part, cette sorte de philosophie a quelque chose d'englobant à la façon des idées occidentales en ce qu'elle nie des points de vue originaux des cultures africaines non bantoues. A partir de la philosophie bantoue, on établit, on fonde une soi-disant réalité de la pensée qui serait semblable à toute l'Afrique noire. Ceci revient à dire que les Noirs, dans leur ensemble, pensent de façon identique et à ce titre, ne sauraient faire preuve de contradictions qui sont porteuses de dynamisme et de mouvement d'idées. En clair, dans cette conception, on peut dire que même s'il existe une philosophie africaine, elle n'est pas encore mûre pour les grands débats d'idées qui relèvent nécessairement des contradictions telles que les fonde la philosophie hégélienne. Il n'y a de progrès de toutes choses que dans cette logique qui pose des principes pour pouvoir les examiner par la négation et par après les transcender vers une position toujours temporaire.

b) Cependant, que pourrait-on appeler philosophie africaine si l'on réfute l'ethnophilosophie ? Selon Hountondji, la .philosophie africaine se résume en un ensemble de textes "L'ensemble, précisément des textes écrits par des Africains et qualifiés par leurs auteurs eux-mêmes de philosophiques", écrit-il dan son ouvrage Sur "la philosophie africaine" (p. II). Cet ensemble de textes se réfère à la vaste littérature africaine œuvres des auteurs Africains.

Toutefois, sans nier le contenu spécifique des ouvrages littéraires dont d'ailleurs on peut extraire une philosophie, la réduction de la philosophie dite africaine au seul domaine essentiel de la littérature apparaît comme une négation de celle-ci. Cette position soulève de graves problèmes. Ceux-ci sont d'autant plus lourds qu'ils rejoignent et fondent les préjugés des Occidentaux sur les Africains, à savoir leur supposée incapacité de discourir suivant les normes et les règles de cette discipline dont l'origine et la constitution demeurent intrinsèquement occidentales. La littérature est un domaine particulier de l'expression africaine et la philosophie, si elle existe, doit relever d'un autre.

Car tous les thèmes ne sauraient s'inscrire dans le cadre de la littérature. Donc, il semble que ce n'est guère de ce côté qu'il faille fonder la philosophie africaine ni même la chercher[2]. Sans vouloir justifier ni valoriser l’homme noir-ce qui n’a pas lieu d’être- par rapport à ces préjugés, n'est-ce pas contribuer à leur accorder un crédit que de voir l'essence de la philosophie africaine dans la littérature ?

c) Certes, le souci de Hountondji est de faire prévaloir l'idée que l'Homme africain, le créateur noir est, tout autant capable que d'autres, d'expression individuelle qui n'obéit pas forcément à l'inconscient collectif, à la mentalité commune auxquels on voudrait le réduire. C'est dans ce sens qu’il recherche, au-delà de l'ethnophilosophie, dans la littérature qui demeure une création originale, l'expression d'une philosophie individuelle.

On pourrait bien se poser la question de savoir si cette idée est à fonder ou si au contraire elle est déjà établie. Dans le premier cas, les perspectives restent ouvertes et la philosophie individuelle, originale, naîtra des essais et des controverses de type philosophique sur les problèmes qui se posent aux Africains dans un hic et nunc permanent ; et aussi de l'analyse philosophique des données, non seulement littéraires, mais également de l'ensemble des créations scientifiques (sciences humaines et sciences exactes) des Africains (qu'ils soient Noirs ou Blancs). Quant à la deuxième voie, elle paraît quelque peu bouchée pour de telles démarches. En effet, ou bien l’on continue à cheminer et à progresser dans le domaine littéraire (ce qui, en soi, n'est pas une préoccupation philosophique pour les auteurs, du moins a priori) ou bien l’on est renvoyé au cercle de l'ethnophilosophie. Et de celle-ci, il semble qu'on ne peut tirer qu'une philosophie qui n'est pas originaire puisqu'elle est fondée d'abord par des écrivains européens, même si elle relève d’une démarche originale, c'est-à-dire individuelle.

III — Les paradoxes d'une Philosophie

La réflexion sur la philosophie dite africaine pose quelques difficultés. En fait, il s'agit, d'une interrogation sur quelque chose à créer. Il ne suffit pas d'affirmer, de façon péremptoire, que la philosophie africaine existe puisque celle qui est dite exister est en soi problématique.

a) Il ne paraît pas, a priori, aisé de réfuter l'ethnophilosophie dans son ensemble. Quand bien même elle est l'œuvre  et la création d'auteurs occidentaux, elle s'inscrit aujourd'hui dans l'ensemble du savoir constitué sur le monde africain. Car l'ouvrage de Marcel Griaule, Dieu d'eau qui entre également dans l'exploitation de l’ethnophilosophie, reste, malgré tout, dans son contenu, l'expression culturelle des Dogon du Mali. Ce livre contient des faits culturels qu’on ne peut nier et qui sont inscrits dans la réalité quotidienne de cette population. En outre, bon nombre d'auteurs africains eux-mêmes, de formation philosophique, choisissent des thèmes de réflexion de leurs créations issus de ces mêmes ouvrages ; des œuvre s qui s'inscrivent elles aussi dans le même esprit d'analyse et de conception. Ce sont, plus fondamentalement, les productions de ces derniers qui font de celles des premiers, en l’occurrence, les auteurs européens de l’ethnophilosophie, un héritage culturel africain désormais indispensable.

Certes, l'ethnophilosophie est critiquable dans son fond, dans ses buts et dans ses analyses trop souvent généralisantes. Mais elle est loin d'être entièrement réfutable. Elle n'est pas réfutable en ce sens qu'il s'agit d'une expression quelconque non du peuple mais des peuples africains. Dans son ensemble, elle se fonde, hormis ses analyses, sur des réalités originales à propres des populations africaines données qui, au-delà de celles-ci, trouvent une essence commune, un rapport commun, non dans le vivre des peuples africains, mais dans l'être fondamental de ceux-ci. Donc, la critique de cette dite philosophie réside surtout dans ses formes d'analyses aberrantes, non dans sa profondeur même. Mais, le devoir des intellectuels africains contemporains n'est-il pas plutôt de rechercher un dépassement de l'ethnophilosophie ?

b) En fait, l'investigation qui vise à l'instauration d'une philosophie individuelle se ramène, en quelque sorte et dans un premier temps, à l'ethnophilosophie. Cependant, il ne s'agit pas de l'ethnophilosophie telle qu'elle est conçue jusqu'à présent, à savoir généralisatrice, mais d'une philosophie d'expression particulière, originale et originaire d'un individu en tant qu’il est membre d'un peuple, puisque ethnos veut dire peuple en grec. Dans la mesure où chacun d’eux appartient, dans beaucoup de cas, non pas à un peuple dans son acception française, le peuple étant pour les pays du continent africain, en raison des découpages coloniaux arbitraires du XIXe siècle, un idéal posé vers lequel ils s'efforcent de tendre, mais au contraire à une communauté humaine plus restreinte comme par exemple, le clan ou la tribu, les écrits des auteurs pourraient refléter plutôt l'esprit de ceux-ci.

Ainsi, le dépassement de l'ethnophilosophie, dans son sens courant, peut se faire par une mise en œuvre de philosophies spécifiquement tribales ou claniques. L’on ne saurait faire autrement si nous ne voulons pas nous enfermer ou nous faire enfermer dans les généralisations non fondées, dans les erreurs commises autrefois par nos devanciers européens, dans les pseudo philosophies. Si nos pays tendent vers la notion et la réalisation de peuple, celui-ci serait, une fois réalisé, composé de l'ensemble des tribus et clans de ces pays. C'est pourquoi, les essais et les analyses d'expression philosophique conduiront à une philosophie d'ensemble qui sera non pas l'ethnophilosophie, mais les philosophies africaines, dans La Philosophie africaine.

 

IV — Les techniques et la mise en œuvre d'une philosophie

Le problème reste de savoir s'il faut continuer à appeler philosophie les productions nées de l'ethnophilosophie. Dans ce cas, il convient de la redéfinir en tant que forme particulière et non fondamentale de ce mouvement vers la réalisation de La Philosophie africaine. Cependant, les essais, en tant qu'interrogation sur l'ethnophilosophie, du fait de leur caractère critique, font incontestablement partie de la Philosophie africaine naissante. Selon la perspective visant à créer cette philosophie, il convient et il importe qu'au préalable, nous définissions nos démarches si, par ailleurs, l'on tient à ce qu'elle s'inscrive dans son acception occidentale -et il ne peut en être autrement puisque nous sommes formés suivant la réalité de cette philosophie et que nous sommes conduits à discourir dans une langue où elle s'est épanouie, langue devenue également la nôtre par la force des choses-.

a) Il nous faut d'abord une méthode, c'est-à-dire une voie, un moyen et une marche sur laquelle fonder préalablement nos démarches respectives. Certes, il ne s'agit pas d'emboîter le pas aux occidentaux de façon fidèle telle qu'eux-mêmes, à l'origine, durent fonder leurs sciences. Il est vrai, chaque culture, chaque civilisation humaine possède sa logique spécifique. Nous devons donc tenir compte de notre logique (ou de nos logiques) qui, sans doute, n'a rien à voir avec celle des Occidentaux. Nous savons que nos cultures n'ont pas pour objet fondamental et essentiel la science dans son acception rigoureuse, c'est-à-dire présente, mais les rapports inter-humains, le souci de l'ordre et de la paix sociale, de la concordance de la communauté. Notre méthode va donc consister, non dans la logique mathématique (celle-ci n'est pas exclue mais elle n'est pas une priorité), mais dans l'analyse des phénomènes et des problèmes qui sont inhérents aux exigences éthiques et socio- politiques de ces cultures, si l'on entend par le terme d’analyse la démarche intellectuelle qui vise à décomposer un texte ou une idée dans ses éléments essentiels et ses liaisons logiquement sous-jacentes de manière à comprendre les rapports d'ensemble. Mais, la maîtrise méthodologique ne se heurte-t-elle pas à quelque difficulté en raison du manque de langue qui nous est propre ?

b) Notre problème fondamental, dans cette élaboration, se ramène au manque d'expression écrite qui est spécifique à nos cultures respectives. Mais, puisque les langues humaines apparaissent comme des moyens commodes à l'établissement de la communication, il n'y a plus de problème de langue si nous acceptons l'idée que nous usons de deux de ces moyens, à savoir le français et l'anglais qui véhiculent entre nous et nos pays nos informations et nos connaissances. Il semble d'ailleurs impossible d'aller contre ce mouvement qui nous meut nous-mêmes, qui nous emporte malgré nous dans le mouvement général de l'histoire moderne et contemporaine, comme un bateau emporté par les flots. Que pouvons-nous faire sinon nous y résoudre ? Il est sage d'accepter parfois l'état des choses pour mieux transformer leur réalité par une dynamique personnelle, une volonté intérieure.

Aussi, accepter que nous sommes en quelque sorte Anglais ou Français par les langues que nous parlons, c'est d'une manière ou d'une autre, un moyen d'enrichir nos langues maternelles par des mots nouveaux, un raisonnement différent, une logique nouvelle que nous leur apportons. Être Anglais ou Français ne nous exclut aucunement de l'usage de nos langues maternelles. Le drame serait de les oublier entièrement dans les tiroirs de nos casiers linguistiques.

Dans la mesure où nous sommes piégés par l'éducation occidentale qu'il est vain de vouloir nier, que nous sommes formés dans la logique et la conceptualisation philosophiques occidentales, nous ne pouvons faire autrement que discourir dans cette logique et cette conceptualisation mêmes. Mais, c'est à partir de ce langage enraciné dans la philosophie occidentale que nous bâtirons notre philosophie spécifique, que nous créerons notre langage original enrichi des mots de nos langues maternelles.

c) Dans ces conditions, l'élaboration de nos philosophies ne peut trouver ses fondements que dans nos propres cultures. Les sources de la philosophie grecque ont été, à l'origine, la littérature orale et notamment les mythes populaires que véhiculait cette littérature. La science physique elle-même est née des cosmologies et cosmogonies primordiales. Ce qui signifie que, pour nous aussi, la voie est libre pour nous enrichir des mythes surtout, des contes et de la littérature orale de nos communautés originaires afin de pouvoir par après entreprendre des élaborations profondes qu'ils nous autorisent en tant que visions spécifiques du monde. Une philosophie née des mythes est une philosophie en soi inépuisable ; d’autant plus que tout n’est pas encore exploré malgré les progrès de la science. Car les mythes permettent une riche et diverse interprétation d'eux-mêmes et des réalités qu'ils fondent. À partir du fond inépuisable des mythes, il est encore possible de créer des mondes, de renouveler les choses, d'engendrer des philosophies et des connaissances immaculées. Nous pouvons aussi puiser une grande philosophie esthétique de la profonde sensibilité de notre art, surtout de la sculpture. Toutes ces belles et harmonieuses statuettes Ifé, Baoulé, ou d'autres sont une source abyssale d'inspiration philosophique.

d) On peut constituer une philosophie également à partir de l'analyse des opinions que contient la littérature orale. Platon avait dit que sa dialectique était scientifique ; son disciple Aristote reprocha à celle-ci d'être uniquement destinée à vérifier la validité des opinions des interlocuteurs par le questionnement assidu ; critique reprise au XVIIe siècle par Descartes à propos de la philosophie d’Aristote jugée elle aussi incapable d’accéder à la vérité en raison de la stérilité de la logique syllogistique .

Dans cette optique, si l'on envisage, dans un premier temps, de créer une philosophie fondée sur l'analyse des opinions, on pourrait parler de philodoxie (doxa voulant dire opinion en grec). Celle-ci conduira, par après, à la philo-orthodoxie ou analyse des opinions qui conduiraient à leur rectitude, leur rigueur et leur vérité, d'où naîtrait, dans un mouvement de progrès continu de l’esprit, la philosophie dans son acception rigoureuse. Il s'agit là d'une démarche à faire et qui est loin d'être moins prometteuse que la précédente. L'important, dans ces deux perspectives est d'aboutir à la création et à la fondation de La Philosophie africaine. Car il faut, aux pays africains, bien plus de philosophes que d'ingénieurs. Les ingénieurs viennent grossir le nombre de ceux qui, inutiles, siègent dans les bureaux administratifs en les pesant. En effet, ceux qui sont ou qui auraient dû être des inventeurs, des travailleurs infatigables sur les chantiers, même s'ils apportent à l’Afrique un peu plus d'efficacité dans son émergence parmi les économies contemporaines, permettent, par l'amélioration de l'agriculture, à ses habitants de mieux se nourrir, il n’en demeurent pas moins qu’ils n'arrêtent pas par ailleurs de la détruire, de la désorganiser, de l'enfoncer dans le mal profond quant à son adaptation à ces mêmes économies.

Les philosophes, au contraire, sont nécessaires pour systématiser ses morales, panser ses blessures, penser sa destinée et mettre en évidence ses intelligences. Les philosophes seront les docteurs spirituels qui guériront cette Afrique malade à son tour des maux profonds de l'Occident. La grandeur de l'Afrique émergera non pas du côté des ingénieurs et des techniciens, mais plutôt du côté essentiellement des créateurs, des philosophes, des scientifiques et des hommes de lettre.

Dès lors, postuler a priori l'existence d'une philosophie africaine paraît absurde. Rien ne la prouve ; rien concrètement ne la fonde également. Pour ce faire, il n'existe pas de philosophie africaine à la manière occidentale. En revanche, il existe des philosophies qu'il faut aller chercher dans l'essence des cultures africaines, dans la profondeur de ces mythes pour fonder La Philosophie africaine en tant qu'elle est l'expression, en son sommet, de l'ensemble des connaissances propres aux cultures africaines et des créations originales des Africains.

A cet effet, deux perspectives se présentent aux philosophes africains d'aujourd'hui (ce terme désignant les auteurs d'essais critiques et d'ouvrages d'expression philosophique) : d'abord, formés à l'école occidentale dans les principes, la logique et la rationalité de la philosophie spécifiquement occidentale, ils peuvent suivre, par des traités et des essais, comme leurs collègues de l'Occident, la progression, l'évolution et le mouvement général des idées et de la pensée occidentales. Car ils ont les mêmes aptitudes à manier les concepts, ils ont acquis le pouvoir de se mouvoir avec aisance dans la rationalité philosophique occidentale. L'exemple du philosophe Ghanéen du XVIIIe siècle, Antoine Guillaume Amo, élevé dans la culture allemande qui a été auteur d'œuvres philosophiques au même titre que les philosophes allemands de cette époque, prouve bien que n'importe quel homme, originaire de n'importe quelle culture, formé dans les mêmes conditions, peut accéder aux mêmes aptitudes, aux mêmes capacités de création ou d'invention.

Ensuite, et de façon plus intéressante, ils peuvent s'immerger dans les profondeurs de leurs propres cultures d'où ils tireront les fondements d'une philosophie vraie, réelle et nouvelle. Ils peuvent enfin acheminer la philo-orthodoxie ou cette philosophie dite africaine que Hountondji appelle la "métaphilosophie" vers son achèvement toujours temporaire.

Pierre Bamony, février 2005


[1] — Dans ses Principes de la Philosophie, Descartes écrit précisément ceci : « Toute la philosophie est comme un arbre, dont les racines font la métaphysique, le tronc est la physique et les branches qui sortent de ce tronc sont toutes les autres sciences qui se réduisent à trois principales, à savoir la médecine, la mécanique et la morale, j’entends la plus haute et la plus parfaite morale, qui, présupposant une entière connaissance des autres sciences, est le dernier degré de la sagesse » (J. Vrin, p.42, Paris, 1965)

[2] — Il est vrai qu’au cours des années 1970 des professeurs occidentaux, en particulier français, s'étonnaient de voir des étudiants africains préparer des diplômes en philosophie. Cela leur paraissait une ironie, un anachronisme puisqu'il est vrai aussi que le préjugé est fondé de nous attribuer des qualités et des aptitudes intellectuelles uniquement littéraires.

» Catégorie Philosophie africaine
Commentaires (1) :: Poster un commentaire :: Lien permanent :: Envoyer à un ami

PHILOSOPHIE AFRICAINE

  : Ajouté le 28/4/2008 à 03:27 PM

L’IDÉE DE PHILOSOPHIE AFRICAINE

 

L’idée de philosophie africaine se donne à nous, hormis l’épisode négativiste de

l’idéologie de la mentalité primitive, de par les sinuosités de son histoire

tumultueuse, comme une tension constante à l’interstice de l’universel et du

particulier.

Elle s’est, pendant longtemps, exprimée dans une quête de la spécificité, avec

l’idée que, prenant appui sur les formes symboliques1 de l’espace négro-africain, il

pouvait et devait y avoir une philosophie qui dirait l’africanité dans son essence ou

tout au moins la porterait explicitement en son sein.

Depuis, beaucoup d’encre aura coulé promouvant une évolution de la question

que ce propos souhaiterait montrer.

Pour y arriver, notre procès de lecture passera en revue les moments essentiels

qui ponctuent l’idée de philosophie africaine : le préjugé raciste, l’ethnophilosophie,

la critique de l’ethnophilosophie, le dépassement de la problématique.

C’est dire que nous nous inscrivons dans une perspective historique pour une

quête de repères à partir desquelles nous pourrions assigner à l’idée de philosophie

africaine un sens, sous le double rapport de la signification et de la direction. Alors,

nous rencontrons une dimension importante de la philosophie.

La philosophie, on le sait, est tributaire de son histoire, si bien qu’Hegel affirme

que «l’étude de l’histoire de la philosophie est l’étude de la philosophie elle-même»2,

dévoilement progressif de la vérité une dans ses visées par-delà les modalités

différentes de sa quête. Il s’y ajoute que l’histoire de la philosophie est elle-même liée

à l’histoire des idées dominantes, laquelle entretient d’étroits rapports avec l’histoire

concrète, sociale et politique des hommes. Cela implique, dans l’investigation de la

1 Ce sont elles que Mamoussé Diagne, à la suite d’Honorat Aguessy, désigne par le terme d’orature.

2 Hegel, Introduction au cours de Berlin, Leçons sur l’histoire de la Philosophie, trad. J. Gibelin, Paris,

Gallimard, Idées, tome 1, (1954) 1970, p. 50.

Séminaire de Formation des Formateurs sur l’appropriation des contenus des domaines de la «réflexion philosophique» et de la «vie sociale»

Thiès : 16-19 février 2004 / Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine

Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine 2

philosophie, en tout ou partie, la prise en compte de ces différents niveaux de

détermination.

Le premier, celui de la filiation interne à la philosophie, se conçoit aisément en

ce qu’il n’est possible de marquer la rupture que sur fond d’une compréhension

préalable, d’une évaluation du déjà construit, pour en saisir les limites et proposer des

palliatifs. Alors, ce n’est pas autre chose que mettre en application la négation au sens

hégélien du terme, qui suppose une assimilation première, de la tradition antérieure,

précisément, l’évaluation de son legs pour retenir ce qui en elle est fondé en raison et

se départir de l’insuffisamment validé, puis un dépassement au sens de la production

de l’inédit, comme nouveauté ou actualisation de l’ancien.

Autrement dit, le prix à payer pour inscrire une option propre sur l’idée de

philosophie africaine est d’en retracer les moments essentiels, d’en saisir les sinuosités

le plus précisément et le plus largement possible que le permettrait l’information

disponible..

Le second conduit à une sorte d’«épistémê», au sens de Michel Foucault, d’une

réflexion sur les conditions idéologiques3, c’est-à-dire de la nomenclature des idées

habitant la conscience d’un individu ou d’une collectivité à un moment de son histoire,

pour retrouver la justification, externe au discours proprement philosophique, d’où

partirait une préoccupation couronnée par la construction d’une option ou d’un courant

philosophique.

Le dernier rappelle simplement que, pour autant que la philosophie soit,

suivant le mot de Hegel, la saisie de son temps en pensée, celle d’une époque prise

dans le moule de l’évolution4, le philosophe est aussi d’une époque qui exerce sur lui,

consciemment ou non, une efficace dont la connaissance est souvent utile à la saisie de

sa perspective.

3 On aura compris que l’idéologie s’entend ici au sens propre, que nous retrouvons chez Destut de

Tracy, et non dans la signification marxiste.

4 L’époque et l’évolution sont les deux acceptions à donner au temps ; leur imbrication se conçoit en ce

que l’époque est toujours un moment déterminé dans la chaîne des périodes qui ponctuent l’évolution.

Séminaire de Formation des Formateurs sur l’appropriation des contenus des domaines de la «réflexion philosophique» et de la «vie sociale»

Thiès : 16-19 février 2004 / Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine

Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine 3

Cela dit, ne serait-ce que pour indiquer les modalités de complétude à apporter à ce

propos, considérons les caractéristiques qu’il nous semble essentiel de relever à propos de

l’idée de philosophie africaine.

L’idée de problématique qui depuis assez longtemps s’articule à celle de philosophie

africaine requiert une claire acception préjudicielle. Se distinguant d’une part du problème qui

n’appartient pas proprement à l’espace de la philosophie et d’autre part de la question dont

elle participe cependant, la problématique consacre une interrogation portant sur l’existence

et/ou l’essence d’une réalité. Qu’il y ait une problématique de la philosophie africaine signifie

alors clairement que son être aura longtemps été en question.

De cet état de fait atteste son histoire même si elle connote aussi une insistance sur

d’autres questions. «Enumérés du plus apparent au plus discret, ces thèmes sont : la

définition de la philosophie, le choix de la méthode la plus apte à favoriser l’émergence d’une

philosophie assurée d’être africaine en même temps que philosophique, la question de savoir

si la philosophie a existé dans le passé des cultures africaines et si certaines formes de sa

pensée encore actuelle sont susceptibles d’être tenues pour philosophiques ; et, enfin, le

problème de la langue dans laquelle il conviendrait de philosopher.»5

Le procès d’élucidation visant à produire, à terme, un concept raisonnable de

philosophie africaine prouvera certainement la solidarité de l’espace de questionnement ainsi

ouvert.

Ce champ théorique nous met en présence d’une littérature diversifiée articulant, pour

l’essentiel, deux thèses contradictoires. La première entend retrouver dans la tradition

africaine des unités composites d’une philosophie à exhumer. La seconde récuse toute

philosophicité”6 à une telle démarche. Dans le premier cas, il s’agit de l’ethnophilosophie et,

dans le second, de sa critique.

Leur controverse est le produit d’une réaction contre le préjugé raciste de la mentalité

primitive des noirs dont il sied d’indiquer les principales formulations. Ledit préjugé et son

5 I.-P.L. Lalèyê, “La philosophie africaine et le problème de l’enseignement de la philosophie en Afrique”,

Revue Sénégalaise de Philosophie n°11, Dakar, N.E.A., 1987, p.104.

6 Le terme est de Lalèyê.

Séminaire de Formation des Formateurs sur l’appropriation des contenus des domaines de la «réflexion philosophique» et de la «vie sociale»

Thiès : 16-19 février 2004 / Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine

Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine 4

invalidation prendront des formes différentes qui seront fonction tant du domicile d’élection

de leurs auteurs que du moment historique considéré. Remarquons, pour le comprendre, que

cette problématique est d’origine européenne et ne sera prise en charge par des africains que

par après.

Nous rencontrerons cette part occidentale dans la position de la question en

considérant les deux termes de l’alternative tels qu’ils se donnent dans le champ théorique

africain. Il y aura enfin à se demander s’il est légitime de continuer à lire l’idée de philosophie

africaine en termes problématique. Mais, puisque toute la controverse est partie d’une réaction

contre un préjugé, il convient avant tout de lui donner contenu.

 

I.                   LE PRÉJUGÉ RACISTE

 

Il prend forme dans l’histoire des idées dominantes de l’époque, autour des années

1945, histoire jusque-là marquée par la préséance des thèses primitivistes et négativistes de

Lucien Lévy-Bruhl et de ses épigones occidentaux. Dans cette optique, le monde est composé

de sociétés à degrés inégaux d’évolution. Le summum de cette évolution est la civilisation

représentée par les sociétés occidentales ; toutes les autres sont inférieures, primitives.

L’instrument de ce dénivellement est l’usage plus ou moins marqué de la raison. Et il se

trouve que les sociétés inférieures sont réglées selon une mentalité mystique et prélogique.

Cela fait qu’elles n’ont pu s’élever à la conceptualisation et partant à la philosophie.

Ce préjugé, plus connu avec Lévy-Bruhl, remonte au moins à David Hume qui affirme

le manque d’intelligence des noirs. «Je suspecte les Nègres et en général les autres espèces

humaines d’être naturellement inférieures à la race blanche. Il n’y a jamais eu de nation

civilisée d’une autre couleur que la couleur blanche ni d’individu illustre par ses actions ou

par sa capacité de réflexion... Il n’y a chez eux ni engins manufacturés, ni art, ni science.

Sans faire mention de nos colonies, il y a des nègres esclaves dispersés à travers l’Europe ;

on n’a jamais découvert chez eux le moindre signe d’intelligence.»7

Cela préfigure l’absence de pensée profonde que connote la conception de Hegel pour

qui l’expression la plus haute de la pensée est la philosophie. Elle est la pensée de l’Absolu

7 David Hume,"Of National Characters" dans The Philosophical Works of David Hume, édité par T.H. Green et

T.H. Grosse, Londres, 1852, volume I, p.252.

Séminaire de Formation des Formateurs sur l’appropriation des contenus des domaines de la «réflexion philosophique» et de la «vie sociale»

Thiès : 16-19 février 2004 / Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine

Louis-Roi-Boniface Attolodé, L’idée de philosophie africaine 5

dans laquelle s’exprime le caractère libre et absolu de la pensée qui se subordonne tout. La

philosophie n’a pu naître et s’installer que là où règne la liberté. Or, il se trouve que le

continent noir africain ne connaît ni raison ni liberté ; aussi est-il hors de l’histoire universelle.

«L’Afrique, aussi loin que remonte l’histoire, est restée fermée, sans lien avec le reste du

monde; c’est le pays de l’or, replié sur lui-même, le pays de l’enfance qui, au-delà du jour de

l’histoire consciente, est enveloppé dans la couleur noir de la nuit... c’est un monde

anhistorique non développé, entièrement prisonnier de l’esprit naturel et dont la place se

trouve encore au seuil de l’histoire universelle». C’est pourquoi, poursuit Hegel, «Le Nègre

représente l’homme naturel dans toute sa barbarie et son absence de discipline.»8

Cette sanction négative de Hegel est à peine atténuée par la perspective de Raoul

Allier qui part du postulat selon lequel l’exercice des fonctions mentales est l’indice

d’humanité. A priori, les Noirs sont des hommes ; seulement, ils ont une mentalité singulière,

dominée par la magie. Cela les différencie des blancs, des civilisés, qui arrivent à se

subordonner la croyance magique par leur plus grande capacité de réflexion. Autrement dit

l’homme noir est doté d’une mentalité mi-logique, mi-raisonnante, d’une part, et semimagique,

de l’autre, avec, cependant, détermination en dernière analyse de celle-là par celleci.

Par-delà la variation des formulations, on retrouve une constante du préjugé raciste:

l’inaptitude du Noir à produire un discours philosophique. C’est contre une telle idée que

s’érigera l’ethnophilosophie.

 

II.                L’ETHNOPHILOSOPHIE