CHEICKH ANTA DIOP ET SON OEUVRE MONUMENTALE
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Cheikh Anta Diop et son oeuvre monumentale
L'homme pour qui on ne peut qu'éprouver une admiration sans borne, naquit le 29 Décembre 1923 au Sénégal
(à Diourbel). Il partit étudier la physique et la chimie à Paris : il fut un disciple des Curie (il était donc physicien
et chimiste à la base. Il présenta sa thèse "Nations Nègres et Culture" (titre de deux livres, Volume I et II) Ã
Paris; le titre de docteur lui fut refusé. Il fut mis au banc de l'université française, au banc de l'université
sénégalaise : ses frères africains ne le comprenaient pas (ses théories étaient sans doute considérées comme
trop révolutionnaires). Exclu de l'université de Dakar, cantonné dans son laboratoire du Carbone 14 avec un
salaire mensuel d'assistant, au bas de l'échelle universitaire, il fustigeait ce qu’il appelait le carriérisme qui
asservissait les cadres africains, brisant ainsi la liberté et la puissance créatrice de l'Afrique.
Il créa le BMS (Bloque de masse sénégalaise) en 1952, puis le RND (Rassemblement national démocratique) : il
insistait sur l'importance de l'unité culturelle de l'Afrique noire au sein de ces deux mouvements. Unité saisie Ã
partir d'une double approche diachronique et synchronique : diachronique à partir du moment où les cultures
africaines découlent d'une filiation interne et historique commune dont Anta Diop entretient la reconstitution, en
étudiant les mouvements migratoires et les différents développements. Synchronique, dans la mesures où ces
mêmes cultures présentent toujours des éléments communs d'identité. Anta Diop était convaincu que la
véritable liberté passe d'abord par la restauration culturelle des peuples dominés, celle qui leur
permet de se réapproprier les idées, les concepts, les symboles, les valeurs, les références tant intellectuelles
que morales que leur a légués l'Histoire millénaire du continent qui les pousse à poursuivre vers l'avenir.
Après avoir lu Marcus Garvey, Du Bois et Kwamé Nkrumah, les précurseurs du panafricanisme, il ne voyait le
salut de l'Afrique que dans l'Unité politique : il fut un panafricain convaincu (importance du fédéralisme
politique et doctrinaire pour Anta Diop; il insistait également sur la nécessité pour l'Afrique d'exploiter ses
énormes ressources économiques). En 1966, il partageait avec Du Bois le prix récompensant l'écrivain qui a
exercé la plus grande influence sur la pensée noire au XXème siècle. L'African Heritage Studies Association lui
décernait en 1975 une plaque commémorative pour sa contribution à la préservation et au développement de la
vie et des patrimoines des peuples d'origine africaine dans le monde.
Au Caire, en 1974, devait s'ouvrir une conférence internationale sous les auspices de l'UNESCO, sur
"l'antériorité de la civilisation noire dans le bassin du Nil" : il sut alors, devant une communauté scientifique
venu du monde entier, faire admettre la pertinence des arguments qu'il avait pu rassembler. Il réussissait Ã
parler pendant des heures, devant un auditoire suspendu à ses lèvres.
Son oeuvre est une source d'inspiration capitale pour le nationalisme africain et pour le panafricanisme. Il
mourut le 7 Février 1986.
Voici une phrase écrite par Anta Diop : " Les spécialistes africains doivent prendre des mesures conservatrices.
Il s'agit d'être apte à découvrir une vérité scientifique par ses propres moyens, en se passant de l'approbation
d'autrui, de savoir conserver son autonomie intellectuelle jusqu'à ce que les idélogues qui se couvrent du
manteau de la science se rendent compte que l'ère de la supercherie est révolue..La compétence devient la
vertu suprême de l'Africain qui veut désaliéner son peuple ".
(Passage tiré du journal "Le Soleil" parut le 10 Février 1986).
En 1956, Cheik Anta Diop publiait " Nations nègres et culture " qui affirmait l'origine noire de la civilisation
égyptienne. Cela provoqua un tollé dans les milieux universitaires français (linguistiques et égyptologues).
Dans les milieux noirs, au contraire, le livre soulevait l'enthousiasme. Il donnait un énorme contrepoids à cette
race dite, à l'époque, sans passé, sans histoire, sans civilisation autre qu'archaïque et primitive.
Anta Diop traversa tous ces remous sans perdre un grain de son assurance. Mieux, il poursuivit son travail sur
l'Egypte africaine; il publia : "Unité culturelle de l'Afrique noire"(1960), "L'Afrique noire
précoloniale"(1960), " Les fondements culturels, techniques et industriels d'un futur Etat fédéral
d'Afrique noire "(1960), "Antériorité des civilisations nègres"(1967), "Parenté génétique de
l'égyptien pharaonique et des langues négro-africaines"(1977), et enfin "Civilisation ou
barbarie"(1981). Une fois la cause entendue, il insistera moins sur l'origine noire de l'Egypte pharaonique que
sur l'apport constitutif de celle-ci à la civilisation de la Grèce et à la pensée universelle.
Anta Diop appronfondissait sa recherche en utilisant toutes les disciplines : archéologie, datation au carbone
14, études chimiques sur la pigmentation des momies (on lui refusa un bout de peau de la momie de Ramsès II
qu'il voulait analyser; étude de la mélanine : pigment noir de la peau), études de linguistique comparative, et
enfin dans son dernier livre, l'étude détaillée de la culture égyptienne, dans ses aspects scientifiques et
religieux, ce qui n'avait été qu'ébauché dans son livre de 1956, où il s'appuyait davantage sur des éléments
extérieurs (physionomie négroïde de certains pharaons, témoignages de certains auteurs grecs : Hérodote,
Diodore de Sicile, Strabon.., témoignages de la Bible....) : approche pluridisciplinaire.
Au fur et à mesure de ses publications nouvelles, ses travaux furent reconnus par des égyptologues tant
américains que russes, belges ou ...égyptiens.
En France, les travaux d'Anta Diop sont surtout contestés sur les plans linguistiques et ethnologiques (science
systématique des races et des peuples, du point de vue des caractères physiques, psychologiques et socioculturels).
Mais il faut reconnaitre que les égyptologues français ne connaissent ni les langues ni les civilisations
noires, et que les ethnologues et linguistiques africains ne connaissent pas grand chose à l'égyptologie et ne
savent pas lire les hiéroglyphes. C'est donc un dialogue de sourd, Anta Diop ne trouvant pas d'interlocuteurs
valables : il lit couramment les hiéroglyphes et connait parfaitement le wolof, sa langue maternelle (il utilise ces
acquis pour l'étude de linguistique comparative). Dans son oeuvre, on s'aperçoit qu'il privilégie la linguistique
comme source et méthode pour atteindre le passé si lointain : la linguistique lui a permis de pénétrer l'essence
de la civilisation égyptienne et de trouver ses liens génétiques avec la culture de l'Afrique noire.
Du coté africain, Cheikh Anta Diop n'a pas cessé de fasciner l'élite intellectuelle. Il est, pour les intellectuels
noirs, une espèce de pôle, la référence exemplaire d'une quête à la fois historique, scientifique et idéologique.
D'une part son obstination, son travail acharné, son honnêteté intellectuelle; et d'autre part, son refus du
compromis, son incorruptibilité, son courage sans défaillance. (il faut savoir qu'on a offert à Anta Diop au moins
dix chaires de professeurs, dans les universités africaines ou américaines; on lui a offert des situations de
fonctionnaire grassement payé dans des organisations internationales; mais l'argent ne l'intéresse pas. Si la
politique intéresse Anta Diop, le pouvoir lui-même ni les décorations ne lui semblent désirables. Et même dans
les mauvais jours, quand il fut emprisonné, ou désigné comme "opposant à la solde de Moscou", il a toujours
refusé de s'exiler).
Pour ceux qui traiterait Anta Diop de raciste, on pourrait dire de lui : " Il vise à établir la vérité, la justice et la
dignité pour l'africain et partant, pour tous les hommes ".
Texte tiré de "ANTHOLOGIE NEGRO-AFRICAINE (littérature de 1918 à 1981)" de LILYAN KESTELOOT.
Voici quelques passages tiré de son premier livre :
NATIONS NEGRES ET CULTURES (1956). Cheikh Anta Diop.
I) Témoignages des auteurs grecs.
Anta Diop se sert du témoignage d'Hérodote (484-425 av.J-C) pour insister sur le caractère noir des égyptiens.
(passage pouvant être trouvé dans "La Pléiade" : L'ENQUETE D'HERODOTE sur les Egyptiens).
- Pour prouver que les crues du Nil ne peuvent pas être dues à une fonte des neiges, Hérodote donnera entre
autres raisons qu'il croyait valables, la suivante, relative au pays d'Egypte : " En troisième lieu, les hommes y
ont la peau noire, en raison de la chaleur "(La Pléiade, page 150, " paragraphe sur La crue du Nil")
- Pour démontrer que les habitants de la Colchide (les Colches formaient un îlot de noirs parmi des populations
blanches, près de la mer noire; l'auteur de la Pléiade reconnait également que l'existence d'une petite
communauté de noirs a été noté à Abkhazia, près de Soukhoum; ils seraient alors les survivants des anciens
Colchidiens, qui étaient peut-être d'origine africaine) étaient d'origine égyptienne, et qu'il fallait les considérer
comme une fraction de l'armée de Sésostris (Sésostris Ier ou Sésostris III, Hérodote ne précise pas : il s'agit de
pharaons de la 12ème dynastie-2000 à 1785 av.J-C environ) qui serait installée dans cette région, Hérodote
dira : " les Egyptiens, eux, m'ont dit qu'à leur avis les Colchidiens descendaient des troupes de Sésostris. Je
l'avais conjecturé moi-même, pour la raison d'abord qu'ils ont la peau brune et les cheveux crépus " ( dans ma
version de la Pléiade, page 182," paragraphe sur Sésostris" : "peau brune"; Anta Diop cite la traduction de
Larcher : "peau noire"; ambiguité de la traduction).
- A propos des populations de L'Inde, Hérodote distingue les Indiens Padéens d'autres Indiens qu'il décrit de la
fçon suivante : " Ils sont tous de la même couleur et elle approche beaucoup de celle des Ethiopiens... mais
noire comme leur peau et ressemble à celle des Ethiopiens " (version de Larcher reprise par Anta Diop). Dans la
version de la Pléiade "Tous les Indiens dont j'ai parlé s'accouplent en public, comme les bêtes, et ils ont tous la
peau de la même couleur, assez semblables à celle des Ethiopiens. La semence de l'homme n'est pas blanche
chez eux comme chez les autres peuples, mais noire comme leur teint; il en est d'ailleurs de même pour les
Ethiopiens". note du traducteur de la Pléiade sur cette phrase :" informations fantaisistes, sauf pour le teint
fonçé qui est celui de la population d'origine dravidienne "(peuple qui s'établit dans l'Inde avant l'arrivée des
Aryas ou Aryens. Aryens : grand rameau de la race blanche comprenant la majeure partie des populations de
l'Europe et de l'Asie : parenté linguistique entre les Indo-Européens a été démontrée).
Note d'Anta Diop sur la phrase d'Hérodote, version de Larcher : Les Grecs étaient très sensibles aux nuances de
couleur et les distinguaient bien là où elles existaient : les anciens distinguaient bien les nègres égyptiens et
éthiopiens des sémites et des prétendues races rouges sombres : les Indous selon les modernes.
- Diodore de Sicile écrit dans " Histoire Universelle " : " Les Ethiopiens disent que les Egyptiens sont une de
leurs colonies qui fut menée en Egypte par Osiris. Ils prétendent même que ce pays n'était au commencement
du monde qu'une mer, mais que le Nil entraînant dans ses crues beaucoup de limon d'Ethiopie, l'avait enfin
comblé et en avait fait une partie du continent...ils ajoutent que les Egyptiens tiennent d'eux, comme de leurs
auteurs et de leurs ancêtres, la plus grande partie de leurs lois; c'est d'eux qu'ils ont appris à honorer les lois
comme des dieux et à ensevelir leurs morts avec tant de pompe; la sculpture et l'écriture ont pris naissance
chez les Ethiopiens... Les Ethiopiens allèguent encore d'autres preuves de leur ancienneté sur les Egyptiens ".
L'opinion de tous les écrivains de l'Antiquité sur la race égyptienne est en quelque sorte résumé par Maspéro
("Histoire ancienne des peuples de l'Orient") :
" Au témoignage presque unanime des historiens anciens, ils appartenaient à une race africaine ", entendez :
noire, " qui d'abord établie en Ethiopie, sur le Nil moyen, serait descendue graduellement vers la mer en
suivant le cours du fleuve....D'autre part, la Bible affirme que Mizraim, fils de Cham, frère de Koush l'Ethiopien,
et de Canaan, vint de Mésopotamie pour se fixer sur les bords du Nil avec ses enfants ".
D'après la Bible, l'Egypte était peuplée par la descendance de Cham, ancêtre des noirs (Genèse).
Mizraim désigne encore l'Egypte pour les peuples du Proche-Orient, Canaan, toute la côte de Palestine et
Phénicie.
Que valent les témoignages d'Hérodote ?
Note en dehors du livre d'Anta Diop :
Dans le précis d'histoire Grecque, Claude Mossé (professeur d'histoire ancienne à l'Université de Paris-8) nous
parle d'Hérodote en ces termes :
"Hérodote est d'emblée sur un plan historique mondiale et il refuse de prendre en considération ces époques
trop éloignées si peu maîtrisable. Il n'énumère pas, il recherche les causes et les enchaînements; ce qu'il voit,
ce qu'il entend, est plus digne de confiance que les maladroites tentatives de ses devanciers parce qu'il peut
exercer directement son jugement. Ses descriptions des Barbares (Mèdes, Perses, Egyptiens...), toutes
érronées qu'elles puissent être sur certains points, témoignent d'une grande finesse d'observation.
On a souvent reproché à Hérodote son côté brouillon, sa fascination pour l'anecdote et le merveilleux, chose qui
agaçait tellement Thucydite, son successeur immédiat, son désir d'apparaître d'abord comme un poète, son
amateurisme en tant qu'historien. Il est vrai qu'il n'a guère de méthode; il lui arrive même d'être partial. Son
livre L'Enquête est une véritable première histoire du monde, riche, complète, inventive, bourrée de
documentation inattendue".
Reprenons l'oeuvre d'Anta Diop :
Les témoignages d'Hérodote ne sauraient être faux car ce sont des témoignages oculaires. Hérodote peut se
tromper quand il rapporte les moeurs de tel ou tel peuple, quand il fait un raisonnement plus ou moins
astucieux pour expliquer un phénomène incompréhensible à son époque, mais on lui accordera au moins d'être
capable de se rendre compte de la couleur de la peau de gens qui habitent un pays qu'il a réellement visité.
Hérodote sait également faire la part des choses : quand il rapporte une opinion qu'il ne partage pas, il a
toujours soin de le souligner.
Pourquoi chercherait-on à discréditer un tel historien ?
On est obligé de constater que la raison profonde qui pousse à agir ainsi, est qu'Hérodote, après avoir rapporté
son témoignage oculaire qui nous apprend que les égyptiens étaient des noirs, démontre ainsi, avec une rare
honnetêté que la Grèce a pris à l'Egypte tous les éléments de sa civilisation, jusqu'au culte des Dieux, et que
c'est l'Egypte qui est le berceau de la civilisation.
On pourrait objecter que, au 5ème siècle avant l'ère chrétienne, quand Hérodote visita l'Egypte, la civilisation
égyptienne était déja vieille de plus de 10 000 ans et que la race qui l'avait crée n'était pas forcément la race
noire que trouva Hérodote. Mais toute l'histoire de l'Egypte- comme nous allons le voir- montre que le
métissage de la population primitive avec des éléments blancs nomades, conquérants ou commerçants, a été
de plus en plus important au fur et à mesure qu'on approche de la fin de l'histoire égyptienne.
Selon M.de Paw (Recherches phylosophiques sur les Egyptiens et les Chinois, 1773), Ã la Basse Epoque (1090-
333), l'Egypte était comme imbibée de colonies étrangères de races blanches : les Arabes à Coptos, les Lybiens
à l'emplacement de la future Alexandrie, les Juifs aux environs de la cité d'Hercule (Avaris?), les Babyloniens au
dessous de Memphis...... Psammétique I ( XXVIème dynastie, 663-609) porta à son comble cette invasion
pacifique en confiant la défense de l'Egypte à des mercenaires grecs (historiquement vérifié).
A la suite de la conquète de l'Egypte par Alexandre (356-323av.J-C), sous les Ptolémées (Ptolémée Ier, général
d'Alexandre, fonda la dynastie des Lagides, 360-283 av.J-C; puis vint Ptolémée II, roi d'Egypte; Ptolémée III et
4), le métissage entre Grecs blancs et Egyptiens noirs prend l'ampleur d'une politique d'assimilation :
" Nulle part Dionysos (premier nom du Dieu grec Bacchos) n'a été plus choyé qu'auprès des Ptolémées qui
reconnurent en son culte un moyen particulièrement efficace de favoriser l'assimilation des grecs conquérants
et leur fusion avec les Egyptiens indigènes "(J.J Bachofen).
Tous ces faits démontrent que si le peuple égyptien était blanc à l'origine, il ne pouvait que le rester; si
Hérodote l'a encore trouvé noir après tant de métissage avec des éléments blancs, il fallait qu'il fût
essentiellement noir l'origine.
II) Témoignage de la Bible.
Que vaut le témoignage de la Bible ?
Pour répondre à cette question, il nous faut examiner la genèse du peuple juif.
Ceux qui allait devenir des Juifs entrèrent en Egypte, au nombre de 70 bergers incultes et craintifs, chassés de
Palestine par la famine et attirés par le paradis terrestre qu'est la vallée du Nil. Grâce à Joseph, il furent d'abord
bien accueillis. Selon la Bible, ils se seraient installés dans le pays Gozen et devinrent les bergers des troupeaux
du Pharaon... Après la mort de Joseph et du Pharaon protecteur et devant la multiplication des Juifs, des
réflexes naquirent chez les Egyptiens : la condition des Juifs deviendra de plus en plus difficile; ils étaient alors
employés à des travaux de terrassement; ils auraient également servi de main-d'oeuvre pour la construction de
la ville de Ramsès. Les Egyptiens auraient pris des mesures pour limiter le nombre des naissances et éliminer
les enfants mâles, de peur que cette minorité ethnique ne se développe et constitue un danger national qui, en
période de guerre, pourrait grossir le rang des adversaires. (voir dans la Bible : Ancien Testament : "Exode
chap I, 7-14).
Ainsi commencèrent les premières persécutions dont le peuple juif restera marqué pendant toute son histoire
(pogroms : massacres des Juifs). La minorité vivra désormais repliée sur elle-même, elle deviendra
messianique par la souffrance et l'humiliation.
C'est dans ces circonstances qu'apparaîtra Moise, le premier prophète Juif, qui en élaborant l'histoire du peuple
hébreu depuis ses origines, nous la présentera, rétrospectivement, sous un angle religieux. Moise vivait Ã
l'époque de Tell-el-Amarna où Aménophès IV (Akhénaton, vers -1400) tenta de rénover le monothéisme
égyptien primitif, qui s'estompait sous l'appareil sacerdotal et la corruption des prêtres.
Moise aurait été touché par cette réforme religieuse. Il s'est fait, à partir de ce moment, le champion du
monothéisme dans le milieu Juif. Le monothéisme, dans toute son abstraction, existait déja en Egypte qui, ellemême,
l'avait emprunté au Soudan Méroitique, Ethiopie des Anciens : " Bien que Dieu suprême saisi selon la
plus pure des visions monothéistes sous les traits du .. seul générateur dans le ciel et sur la terre et qui n'est
point engendré...seul Dieu vivant en vérité...Celui qui s'engendre lui-même...qui existe depuis le
commencement...a tout fait et n'a point été fait.." (D.P de Pédrals, Archéologie de l'Afrique noire).
Dans l'atmosphère d'insécurité où se trouvait le peuple juif en Egypte, un Dieu prometteur de lendemains sûrs
était le soutien moral irremplaçable.
Entré en Egypte au nombre de 70 bergers organisés en 12 familles patriarcales, nomades sans industrie, sans
culture, le peuple juif en sort 400 ans plus tard (guidé par Moise), au nombre de 600 000, après y avoir puisé
tous les éléments de sa tradition future et, en particulier, le monothéisme.
Si le peuple égyptien a tant fait souffrir le peuple juif comme le dit la Bible, et si le peuple égyptien est un
peuple de noirs descendants de Cham comme le dit la même Bible, on ne peut plus ignorer, en dépit de la
légende de Noé ivre, les causes historiques de la malédiction de Cham issue de la littérature juive en tièrement
postérieure à cette période de persécution.
Aussi Moise dans la Genèse attribuera à l'Eternel s'adressant à Abraham en songe, les paroles suivantes
(Genèse, XV, 13, page 21 de ma version) : " Sache bien que ta descendance résidera dans un pays qu'elle ne
possédera pas. On en fera des esclaves, qu'on opprimera pendant 400 ans ". Nous sommes ici à l'origine
historique de la malédiction de Cham.
Si la version de la Bible est tant soi peu exacte, comment le peuple juif pourrait-il exempte de sang noir ?
Pendant 400 ans, il serait passé de 70 individus à 600 000 environ au sein d'une nation noire qui l'a dominé
pendant cette période. Si les caractères négroides des juifs sont moins accusés aujourd'hui, cela esr dû,
vraisemblablement, à leur mélange avec des éléments européens, depuis leur dispersion. Ce n'est pas par
hasard que la malédiction de Cham, père de Koush, Mizraim, Pouth et Canaan (Genèse, XX, 6, page 15 de ma
version), ne porte que sur Canaan habitant du pays que les juifs ont convoité durant toute leur histoire.
Parenthèse que je fais pour mieux comprendre le passage précédent : Les trois fils de Noé furent Sem, Cham et
Japhet. Ce sont eux qui sortirent de l'arche. Reprenons le témoignage de la Bible (Genèse, IX, 20,25, page 14)
: " Noé fut le premier agriculteur. Il planta une vigne et il en bu le vin, s'enivra et se trouva nu à l'intérieur de
sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et il en informa ses deux frères au-dehors. Sem et
Japhet prirent la manteau de Noé qu'ils placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils
couvrirent la nudité de leur père. Quand Noé, ayant cuvé son vin, sut ce qu'avait fait son plus jeune fils, il
s'écria : Maudit soit Canaan, qu'il soit le dernier des serviteurs de ses frères ".
Sur certains points de ce passage, il est vrai qu'il est difficile de faire une approche historique objective, c'est la
raison pour laquelle Anta Diop nous dit "en dépit de la légende de Noé".
Reprenons Anta Diop.
D'où viendrait ce nom de Cham, où Moise l'aurait-il puisé ?
En Egypte même où il est né, a grandi et vieilli jusqu'à l'Exode. En effet, nous savons que les Egyptiens
appelaient leur pays Kemit qui veut dire : noir, en langue égyptienne. L'interprétation selon laquelle Kemit
désignerait la terre noire d'Egypte, et non le noir tout court et, par extension, la race noire et le pays des noirs,
découle d'une imagination gratuite d'esprits qui sont conscients de ce qu'impliquerait une interprétation exacte
de ce terme. Aussi est-il naturel de retrouver en hébreu : "Kam = chaleur, noir, brulé".
Dès lors, toutes les contradictions apparentes s'estompent et la logique des faits apparaît dans toute sa nudité.
Les habitants de l'Egypte symbolisés par leur couleur noire, Kemit = Cham de la Bible, seront maudits dans la
littérature du peuple qu'ils ont opprimés. Nous voyons donc que cette malédiction biblique de la descendance
de Cham a une toute autre origine que celle qu'on lui donne aujourd'hui ostentiblement et sans le moindre
fondement historique. Ce que l'on arrive pas à comprendre, au contraire, c'est comment on a pu faire de Kemit
= Chamite, noir, ébène.....une race blanche. (définition du dico : Chamite : Nom des peuples supposés issus de
Cham, ancien Egyptiens, Berbères et Kabyles; Langues chamitiques = langues africaines).
Etude linguistique comparative : KEM. (en lisant ce paragraphe, on se rend compte à quel point l'auteur a
poussé loin sa recherche).
- En Egyptien
Kem = noir, devenir noir, obscur; et par extension, bois précieux de couleur brune, ébène.
Kam = pierre précieuse brune.
Kem-t = l'Egypte
hem = noir, chaleur
- En Valaf (langue sénégalaise, parlé couramment par l'auteur)
hem = charbonner, s'emploie pour tout ce qui devient noir par dépassement du point de cuisson.
Or, pour passer du terme égyptien kem au mot valaf hem, il suffit de remplacer l'occlusive k par la spirante
(consonnes se prononçant avec une sorte de souffle) gutturale h, ce qui est conforme à la loi générale de la
phonétique évolutive selon laquelle les occlusives deviennent des spirantes par suite de la tendance au moindre
effort. (consonnes occlusives : produites par occlusion (fermeture) du canal buccal : b,d,g,k,m,n,p,t).
On voit donc que le mot Kem-t qui est le nom de l'Egypte signifie : la Noire, le t final étant la marque du
féminin égyptien, la Noire, dans le sens de pays des Noirs, descendants de KEM ancêtre biblique des hommes
noirs, père de Mizraim, autre nom de l'Egypte encore usité de nos jours, par tous les Orientaux; de Kuch,
ancêtre biblique des Ethiopiens; de Put, ancêtre biblique des noirs qui vivaient en Arabie, avant l'invasion des
tribus de race blanche du 2ème millénaire dont la métissage avec les Noirs Addites devait donner naissance Ã
ce que l'on appellera plus tard la 2ème branche sémitique, c'est à dire les Arabes; de Canaan, ancêtre biblique
des Phéniciens, autre famille de Noirs, cousins des Egyptiens comme les habitants du pays de Pount, qui se
métisseront à la même époque avec l'autre fraction de tribus indo-européennes, que symbolise Abraham, pour
donner naissance à la première branche dite sémite, les Juifs.
Le terme KEM qui désigne l'ancêtre des égyptiens a été forcément emprunté par les Juifs lors de leur captivité
en Egypte, aux Egyptiens eux-mêmes; le contraire est inconcevable. On comprend ainsi que, même dans la
langue juive, le mot signifie encore noir, chaleur.
III) Naissance du mythe du Noir
L'Egypte avait déja, depuis un siècle, perdu son indépendance au moment où Hérodote la visita. Conquise par
les Perses en - 525, elle ne cessa plus d'être dominés par les étrangers : après les Perses, ce furent les
Macédoniens avec Alexandre, les Romains avec Jules César (-50), les Arabes au VIIème siècle, les Turcs au
XVIème siècle, les Français avec Napoléon, puis les Anglais à la fin du XIXème siècle.
Berceau de la civilisation pendant 10 000 ans au moment où le reste du monde est plongé dans la barbarie,
l'Egypte détruite par toutes ces occupations successives ne jouera plus aucun rôle sur le plan politique, mais
n'en continuera pas moins pendant longtemps encore à initier les jeunes peuples méditerranéen (Grecs et
Romains entre autres) aux lumières de la civilisation. Elle restera pendant toute l'antiquité la terre classique où
les peuples méditerranéens viendront en pélerinage pour s'abreuver aux sources des connaissances
scientifiques, religieuses, morales, sociales... les plus anciennes que les hommes aient acquises.
La répartition des Noirs sur le continent africain aurait connu deux phases principales. On admet communément
qu'aux environs de - 7000, le dessèchement du Sahara était achevé. L'Afrique équatoriale était encore
probablement une zone de forêts trop denses pour attirer les hommes. Aussi les derniers Noirs qui vivaient au
Sahara l'auraient quitté pour émigrer vers le Haut-Nil, à l'exception peut-être de quelques îlots égarés sur le
reste du continent, soit parce qu'ils ont émigré vers le Sud, soit parce qu'ils sont montés vers le Nord. Peut-être
les premiers trouvèrent-ils dans la Haut-Nil une population nègre autochtone. Quoiqu'il en soit, c'est de
l'adaptation progressive aux nouvelles conditions de vie que la nature a assignées à ces différentes populations
nègres, que naîtra le plus ancien phénomène de civilisation que la terre ait connu. Pendant cette longue
période, les Noirs ont pu se déssiminer progressivement vers l'intérieur du continent et constituer des noyaux
qui deviendront des centres de civilisation continental. Ces civilisations africaines seront de plus en plus
coupées du reste du monde; elles tendront à vivre en vase clos, par suite de l'énorme distance qui les sépare
des voies d'accès à la Méditerranée. Quand l'Egypte aura perdu son indépendance, leur isolement sera complet.
Désormais coupés de la mère patrie envahie par l'étranger, repliés sur eux-mêmes dans un cadre géographique
exigeant un moindre effort d'adaptation, bénéficiant de conditions économiques favorables, les Noirs
s'orienteront vers le développement de leur organisation sociale, politique et morale, plutôt que vers une
recherche scientifique spéculative que le milieu, non seulement ne justifiait pas, mais rendait impossible. Autant
l'adaptation dans l'étroite vallée fertile du Nil exigeait une technique savante d'irrigation et de digues, des
calculs précis pour prévoir les crues du Nil et en déduire les conséquences économiques et sociales, autant il
était nécessaire matériellement d'inventer la géométrie pour délimiter les propriétés après les crues du Nil qui
en effacaient les limites.
Les ressources économiques étant assurées par des moyens qui n'exigent pas d'inventions perpétuelles, le Noir
se désintéressa progressivement du progrès matériel.
C'est sous ce nouvel état de civilisation que la rencontre se fera avec l'Europe. Au XV ème siècle, quand les
premiers marins commerçants portugais, hollandais, anglais, français ... commençèrent à établir des comptoirs
sur la côte occidentale d'Afrique, l'organisation politique des Etats africains était égale-et souvent supérieur-Ã
celle de leurs propres Etats respectifs. Les monarchies étaient déja constitutionnelles avec un conseil du peuple
où les différentes couches sociales étaient représentés et le roi noir-contrairement à la légende-n'était pas un
roi despote. (suite page 11)
Annexe sur la structure sociale et politique des Etats africains après la civilisation Egyptienne.
Essaimant par migrations successives de la Vallée du Nil, les Noirs allaient fonder des Etats autonomes Ã
l'intérieur du continent. Les Noirs rencontrèrent alors de nouvelles conditions matérielles d'existence auxquelles
ils durent s'adapter (les conditions de vie à l'intérieur du continent africain étaient effectivement très différentes
de celles rencontrées en Egypte).
La société africaine est stratifiée en castes; celles-ci résultent d'une division du travail à l'époque précolonialiste.
Par suite du morcellement politique, à cette époque, la fonction militaire était celle qui comportait
le plus de risques, elle garantissait la sécurité collective : aussi, les guerriers sont-ils devenus rapidement une
classe de nobles détenant le pouvoir, la force et la considération. Ne pouvaient travailler que les hommes de
castes, c'est à dire ceux qui pratiquaient les différents métiers du temps : coordonnerie, orfèvrerie, tissage....
La caste n'est autre chose qu'une profession considérée dans ses rapports dialectiques avec la société : une
profession avec l'ensemble des avantages et des inconvénients que comporte son exercice.
La stabilité interne du système de castes était due à différentes raisons dont la principale est le parfait équilibre
des avantages et des inconvénients impliqués par l'appartenance à une caste. La profession était héréditaire;
cela voulait dire, entre choses, que l'exercice d'une profession ne saurait être efficace si l'on ne relève pas de la
caste correspondante; en particulier, on ne saurait guérir d'une maladie si l'on n'appartient pas à la famille de
prêtres qui connait, de père en fils, les méthodes de guérison.
Les objets fabriqués n'étaient pas de luxe; ils étaient indispensables à la vie sociale : aussi l'homme de métier
chomait-il rarement car la demande était supérieure à l'offre. Il était donc assuré de la protection du noble, tou
en étant sur de manger à sa faim : contrairement à ce qui était la règle au temps de la féodalité occidentale, le
noble ne pouvait exiger aucun tribut à l'homme de castes, sans s'abaisser. L'exploitation de l'homme de castes
par le noble n'existait donc pas sur le plan matériel, mais sur le plan moral, si l'on peut dire : en effet, l'homme
de castes (neno) devait abdiquer toute sa personnalité devant le noble (garmi) ou devant le ger (bourgeois en
général).
En résumé, c'était la classse laborieuse qui pouvait accumuler toutes les richesses : elle ne pouvait donc pas
être mécontente de son sort dans une telle société et le renversement du régime ne pouvait provenir d'elle. On
a pu constater, plus d'une fois, que l'homme de castes ne changerait pas sa condition contre celle du ger. La
haine de classe de l'ouvrier occidental lui est étrangère. L'exploitation matérielle est ici en sens inverse de
l'Occident.
Aussi, avant la colonisation, ce sont les ger, privés de ressource, qui deviendront des hommes de métier dans
les villes, rompant ainsi avec la tradition; d'autant plus facilement que les métiers introduits par l'Occident,
étant données les conditions dans lesquelles ils sont pratiqués, échappent, en quelque sorte, à l'interdit de la
tradition. Pour toutes ces raisons-entre autres- la classe des nobles tendra à disparaître, tandis que celle des
travailleurs des castes se développera.
En Afrique Néo-Soudanaise, il existe un roi sacro-saint relevant d'une tradition dont l'origine se perd dans la
nuit des temps, roi accepté par le peuple et considéré comme indispensable à l'accomplissement régulier des
phénomènes naturels dont dépend la vie du peuple. Chaque membre de la collectivité trouve normal de
remettre une fraction de sa récolte annuelle, de ses produits à un tel roi, afin qu'il vive et fasse vivre les siens
et sa cour pour la prospérité de tous. Aussi longtemps qu'un tel roi gardait une conception sacrée de ses
fonctions et qu'il les remplissait rituellement, le bénéfice matériel qui pouvait en résulter pour lui était légitime
aux yeux du peuple car il ne saurait être considéré comme le fruit d'une exploitation.
Seul, un courant laïc, dans un tel système, pouvait engendrer une rupture d'où découlerait une transformation
du régime. Mais l'existence d'une tradition religieuse, d'une cosmogonie expliquant l'univers entier et le
pourquoi de chaque chose ne laissait pa sbeacoup de chances à l'apparition d'une pensée laïque : il faudra que
celle-ci vienne de l'extérieur.
Les grandes distances désertiques, les multiples accidents géographiques ont constitué un obstacle permanent
à de tels apports depuis que la patrie primitive, l'Egypte, ne pouvait plus rayonner librement à travers le
continent, par suite de l'occupation étrangère : l'Egypte, comme le reste de l'Afrique plus tard, était déja une
colonie romaine au IIIème siècle.
Si le roi abuse de ses puvoirs, devient injuste et ne protège plus les faibles, si le peuple est écrasé sous le poids
d'une administration corrompue, il s'ensuit l'apparition d'une conscience de classe et le bouleversement du
régime : c'est ce qui arriva en Egypte au temps de la VIème dynastie, lors de la révolution prolétarienne qui
permit au peuple d'acquérir, entre autres égalités, celle devant la mort : il availt désormais le droit d'aller au
ciel. comme le roi, après le jugement d'Osiris.
Des bouleversements analogues à celui-ci ont engendré des désordres et des émigrations de peuples et de
familles entières de conditions sociales différentes. Telle est l'origine de la seconde catégorie de roi qui a régné
en Afrique, particulièrement au dernier temps de l'indépendance du continent (c'est le roi émigré). Il n'est pas
de droit divin, parce que l'on ne le connait pas : il vient d'arriver de l'extérieur et s'impose par la force à la
faveur d'une anarchie intérieure ou d'un pouvoir faible. C'est le cas des 7 dynasties qui ont régné au Sénégal
dans la Cayor-Baol.
Les prélèvements que pouvait faire une autorité sacro-sainte en période normale n'étaient en rien comparables
à l'exploitation des serfs par la féodalité occidentale. Le travailleur africain n'avait rien d'une bête parquée; il a
toujours bénéficié du fruit de son travail.
Le régime qui s'imposait dans de telles conditions était donc la monarchie constitutionnelle qui fut réalisé dès
l'instauration des premières dynasties du Cayor. Le roi était assisté d'un conseil composé des représentants de
chaque caste (coordonniers..), du représentant des hommes libres (premier ministre ou diaraf ndiambour), du
représentant des esclaves (général d'armée ou diaraf bount) car l'armée était constituée essentiellement
d'esclaves. Le roi était investi par le premier ministre, le représentant des hommes libres, dont ceux qu'on
pourrair appeler les bourgeois. Tout son pouvoir reposait sur le prmier ministre et le général d'armée, sans
lesquels il n'était rien : il était donc loin d'être un roi absolu (Rappelons qu'il s'agit du roi émigré).
Le roi devait réunir ce Conseil avant de prendre une décision importante. S'il agissait à l'encontre d'une décision
du premier ministre, il n'était plus soutenu par le peuple : dans ce cas, il allait au devant d'une défection
populaire à la première occasion, par exemple dès le retour d'exil d'un prince héritier d'une des sept dynasties
rivales qui avaient également droit au trône du Cayor.
Avant l'installation de ces rois émigrés au Cayor-Baol, le pays était occupé par des propriétaires terriens sérères
appelés lamann en valaf. Il signifie : bracelet, symbole de la transmission du pouvoir politique royal. Le mot
toucouleur et peul lam toro = héritier de la région du Toro, ou chef.
Ces propriétaires terriens n'avaient rien de commun avec les seigneurs féodaux du Moyen Age occidental : ils
ne saignaient pas à blanc les paysans qui cultivaient les terres.
Pour plus d'informations sur les systèmes de castes, systèmes politiques, empires africains.. consulter : "
L'Afrique pré-coloniale " de Cheikh Anta Diop.
L'ordre social et moral était au même niveau de perfection qu'en Europe lors des colonisations. Par contre, le
développement technique était moins accentué qu'en Europe.
Le 24 Septembre 1994, RESUME pour la suite de ce premier livre.
Le Noir, bien qu'il eût été le premier à découvrir le feu n'avait pas construit de canon : le secret de la poudre
n'était connu que des prêtres égyptiens, qui ne l'utilisaient qu'à des usages religieux au cours des Mystères
d'Osiris.
L'essor économique de l'Europe de la Renaissance poussa donc à la conquète de l'Afrique qui se fit
rapidement.C'est au début de cette période que l'Amérique fut découverte par Christophe Colomb : la mise en
valeur des terres vierges nécessita une main d'oeuvre à bon marché. La traite moderne des esclaves noirs
devint alors une nécesssité économique avant l'apparition de la machine. Elle durera jusqu'au milieu du XIXème
siècle. Au Moyen Age, le souvenir d'une Egypte noire ayant civilisé la terre s'était estompé par suite de l'oubli
de la tradition antique cachée dans les bibliothèques ou ensevelie dans les ruines.
L'ignorance de l'histoire antique des Noirs, les différences de moeurs et de coutumes, les préjugés ethniques
entre les deux races, jointes aux nécessités économiques d'exploitation, tant de facteurs prédisposaient l'esprit
de l'Européen à fausser complétement la personnalité morale du Noir et des ses aptitudes intellectuelles.
Noir devient désormais le synonyme d'être primitif, inférieur, doué d'une mentalité pré-logique.
Définition du dictionnaire de 1905 "Larousse" : Nègre, négresse : homme, femme à peau noire. C'est le nom
spécialement donné aux habitants de certaines contrées d'Afrique...qui forment une race d'hommes noirs
inférieure en intelligence à la race blanche dite caucasienne.
Comble de cynisme : on présentera la colonisation comme un devoir d'humanité, en invoquant la mission
civilisatrice de l'Occident auquel incombe la charge d'élever l'Africain au niveau des autres hommes. Désormais,
le capitalisme est à l'aise.
Tout au plus reconnaitra-t'on au Noir des dons artistiques liés à sa sensibilité d'animal inférieur.
François Gobineau, précurseur de la phylosophie des nazis qui, dans son livre "De l'inégalité des races
humaines", décrète que le sens de l'art est inséparable du sang des Noirs : il réduit l'art à une manifestation
inférieure de la nature humaine (comme le sens du rythme).
Léopold Sédar Senghor, intellectuel noir écrit "L'émotion est nègre et la raison héllène". Il s'agit d'un homme
victime d'alliénation culturelle.
A partir de l'esclavage récent, on s'est éfforcé de constriure, en dépit de toute vérité historique, la légende
selon laquelle le Noir a toujours été réduit en esclavage par les races blanches supérieures avec lesquelles il a
vécu, ce qui permet de justifier aisément la présence de Noirs en Egypte ou en Mésopotamie, ou en Arabie, dès
la plus haute antiquité, en décrétant qu'ils étaient esclaves.
Cheikh Anta Diop cite "VOLNEY"(voyage en Egypte et en Syrie, par C-F Volney, Paris, 1787) qui, après être
imbu de tous les préjugés dont nous venons de parler à l'égard du Noir, s'est rendu en Egypte entre 1783 et
1785. Il décrit les Egyptiens comme ayant les traits de Noirs, sans aucune contestation. Volney cite également
le passage d'Hérodote sur les Colches et reconnait qu'après avoir été mélangé avec les Grecs et les Romains, il
est remarquable que les Egyptiens aient gardé l'empreinte des Noirs(passage page 58 très intéressant)
IV) Falsification moderne de l'histoire.
Les conclusions de Volney auraient dû rendre impossible l'invention ultérieure d'une hypothétique race blanche
pharaonique qui aurait importé d'Asie la civilisation égyptienne au début de la période historique.
(Pour Anta Diop, la race jaune serait le résultat d'un croisement de noirs et de blancs à une époque très
ancienne de l'histoire de l'humanité. Les jaunes ont, en effet, la pigmentation des métis, tant et si bien qu'une
analyse biochimique comparative ne pourrait révéler une grande différence de quantité de mélanine. L'étude
systématique des groupes sanguins des métis n'a pas été faite jusqu'ici. Les traits ethniques des jaunes :
lèvres, nez, prognathisme, sont ceux d'un métis.Leur faciès (pommettes saillantes, paupières bouffies, pli
mongolique, yeux obliques) pourrait n'être que le résultat de l'effet millénaire d'un climat à vents froids sur la
figure. La crispation du visage sous l'effet du vent suffirait à expliquer les pommettes saillantes et les paupières
bouffies qui constituent deux traits ethniques corrélatifs. Le vent qui frappe la figure par un temps froid ne peut
s'échapper par le coin de l'oeil que suivant une résultante oblique ascendante, par suite de l'échauffement des
molécules d'air. Cette force mécanique produirait à la longue une déformation de l'oeil dans le même sens.
On sait d'autre part que ces traits mongoliques s'altèrent, du Nord au Sud de l'Asie, suivant en quelque sorte
une courbe climatique. On constate que partout où il y a des Jaunes, on retrouve encore des îlots de noirs et de
blancs qui semblent être des éléments constitutifs résiduels de la race. C'est le cas dans toute l'Asie du Sud-Est
: les Moïs dans les montagnes du Viet-Namoù l'on trouve curieusement les noms de Kha, de Thaï et Cham : les
Negritos et Aïnous au Japon...).
En 1799, Bonaparte entreprend la campagne d'Egypte. Les hiéroglyphes sont déchiffrés par Champollion le
Jeune, qui mourut en 1832, laissant une grammaire égyptienne et une série de lettres addressées à son frère
Champollion Figeac, pendant son voyage en Egypte.
Anta Diop cite une lettre écrite par Champollion Le Jeune : "Les hommes guidés par le pasteur des peuplles,
Horus, appartiennent à quatre fmailles bien distinctes. Le premier, le plus voisin du Dieu, est de couleur rougesombre,
taille bien proportionnée, physionomie douce, nez légèrement aquilin, longue chevelure nattée, vétu de
blanc; les légendes désignent cette espèce sous le nom de Rôt-en-ne-Rôme, la race des hommes, c'est à dire
les Egyptiens. Il ne peut y avoir aucune incertitude sur la race de celui qui vient après; il appartient à la race
des noirs, qui sont désignés sous le nom général de Nahasi.
Source : Afrique pluriel
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