LIVRE TREIZIÈME. : Ajouté le 17/5/2008 à 06:26 PM
LIVRE TREIZIÈME.SENS MYSTIQUE DE LA CRÉATION. Toute créature tient l’être de la pure bonté de Dieu. — Il découvre dans les premières paroles de la Genèse et la Trinité de Dieu et la propriété de la personne du Saint-Esprit. — Image de la Trinité dans l’Homme. — Dieu procède dans l’institution de l’Eglise comme dans la création du monde. — Sens mystique de la création. LIVRE TREIZIÈME.SENS MYSTIQUE DE LA CRÉATION.CHAPITRE PREMIER. INVOCATION. — GRATUITE MUNIFICENCE DE DIEU. CHAPITRE II.TOUTE CRÉATURE TIENT L’ÊTRE DE LA PURE BONTÉ DE DIEU. CHAPITRE III.TOUT PROCÈDE DE LA GRÂCE DE DIEU.CHAPITRE IV.DIEU N’AVAIT PAS BESOIN DES CRÉATURES.CHAPITRE V. DE LA TRINITÉ.CHAPITRE VI.COMMENT L’ESPRIT DE DIEU ÉTAIT PORTÉ AU-DESSUS DES EAUX. CHAPITRE VII. EFFETS DU SAINT-ESPRIT.CHAPITRE VIII. L’UNION AVEC DIEU, UNIQUE FÉLICITÉ DES ÊTRES INTELLIGENTS.CHAPITRE IX. POURQUOI IL EST DIT, SEULEMENT DU SAINT-ESPRIT, QU’IL ÉTAIT PORTÉ SUR LES EAUX. CHAPITRE X. BONHEUR DES PURES INTELLIGENCES. CHAPITRE XI. IMAGE DE LA TRINITÉ DANS L’HOMME. CHAPITRE XII. DIEU PROCÈDE EN L’INSTITUTION DE L’ÉGLISE COMME DANS LA CRÉATION DU MONDE.CHAPITRE XIII.NOTRE RENOUVELLEMENT N’EST JAMAIS PARFAIT EN CETTE VIE. CHAPITRE XIV.L’ÂME EST SOUTENUE PAR LA FOI ET L’ESPÉRANCE.CHAPITRE XV. L’ÉCRITURE SAINTE COMPARÉE AU FIRMAMENT ET LES ANGES AUX EAUX SUPÉRIEURES (Gen. I, 6). CHAPITRE XVI NUL NE CONNAÎT DIEU, COMME DIEU SE CONNAÎT, LUI-MÊME. CHAPITRE XVII. COMMENT ON PEUT ENTENDRE LA CRÉATION DE LA MER ET DE LA TERRE (Gen. I, 9, 11). CHAPITRE XVIII. LES JUSTES PEUVENT ÊTRE COMPARÉS AUX ASTRES ( Gen. I, 14).CHAPITRE XIX. VOIE DE LA PERFECTION ( Gen. I, 14). CHAPITRE XX. SENS MYSTIQUE DE CES PAROLES : « QUE LES EAUX PRODUISENT LES REPTILES ET LES OISEAUX ( Gen. I, 20). »_ CHAPITRE XXI. INTERPRÉTATION MYSTIQUE DES ANIMAUX TERRESTRES ( Gen. I, 24).CHAPITRE XXII. VIE DE L’ÂME RENOUVELÉE ( Gen. I, 26).CHAPITRE XXIII.DE QUI L’HOMME SPIRITUEL PEUT JUGER (Gen. I, 26) CHAPITRE XXIV. POURQUOI DIEU A BÉNI L’HOMME, LES POISSONS ET LES OISEAUX?CHAPITRE XXV. LES FRUITS DE LA TERRE FIGURENT LES ŒUVRES DE PIÉTÉ ( Gen. I, 29). CHAPITRE XXVI.LE FRUIT DES OEUVRES DE MISÉRICORDE EST DANS LA BONNE VOLONTÉ. CHAPITRE XXVII. SIGNIFICATION DES POISSONS ET DES BALEINES. CHAPITRE XXVIII. POURQUOI DIEU DIT QUE SES ŒUVRES ÉTAIENT TRÈS BONNES ( Gen. I, 31). CHAPITRE XXIX.COMMENT DIEU A VU HUIT FOIS QUE SES ŒUVRES ÉTAIENT BONNES. CHAPITRE XXX. RÊVERIES MANICHÉENNES. CHAPITRE XXXI. LE FIDÈLE VOIT PAR L’ESPRIT DE DIEU, ET DIEU VOIT EN LUI QUE SES OEUVRES SONT BONNES.CHAPITRE XXXII. VUE DE LA CRÉATION.CHAPITRE XXXIII. DIEU A CRÉÉ LE MONDE D’UNE MATIÈRE CRÉÉE PAR LUI AU MÊME TEMPS.CHAPITRE XXXIV.SENS MYSTIQUE DE LA CREATION.CHAPITRE XXXV. « SEIGNEUR, DONNEZ-NOUS VOTRE PAIX! »CHAPITRE XXXVII.COMMENT DIEU SE REPOSE EN NOUS. CHAPITRE XXXVIII. DIFFÉRENCE ENTRE LA CONNAISSANCE DE DIEUET CELLE DES HOMMES. CHAPITRE PREMIER.INVOCATION. — GRATUITE MUNIFICENCE DE DIEU. 1. Je vous invoque, ô mon Créateur, mon Dieu et ma miséricorde, qui avez gardé mon souvenir quand j’avais perdu le vôtre. Je vous appelle dans mon âme, et vous la préparez à vous recevoir en lui inspirant ce vif désir de votre possession. Oh! répondez aujourd’hui à cet appel que vous avez devancé, quand vos cris réitérés, venant de si loin à mon oreille, me pressaient de me retourner et d’appeler à moi Celui qui m’appelait à lui. Seigneur, vous avez effacé tous mes péchés, afin de n’avoir point à solder les oeuvres de mon infidélité, et vous avez prévenu mes oeuvres méritantes, afin de me rendre selon le bien opéré en moi par vos mains, dont je suis l’ouvrage. Car vous étiez avant que je fusse, et je n’étais rien à qui vous pussiez donner d’être. Et me voilà toutefois, je suis par votre bonté qui a devancé tout ce que vous m’avez donné d’être, tout ce dont vous m’avez fait. Vous n’aviez pas besoin de moi, et je ne suis pas tel que ce peu de bien que je suis vous seconde, mon Seigneur et mon Dieu; que mes services vous soulagent, comme si vous vous lassiez en agissant; que votre puissance souffrit de l’absence de mon hommage; que vous réclamiez mon culte, comme la terre réclame ma culture, sous peine de stérilité; mais vous voulez mes soins, vous voulez mon culte, afin que je trouve en vous le bien de mon être; car vous m’avez donné l’être qui me rend capable de ce bien. CHAPITRE II.TOUTE CRÉATURE TIENT L’ÊTRE DE LA PURE BONTÉ DE DIEU. 2. C’est de la plénitude de votre bonté que vos créatures ont reçu l’être; vous avez voulu qu’un bien fût qui ne pût procéder que de vous, inutile, inégal à vous-même. Etiez-vous donc redevable au ciel, à la terre, que vous avez créés dans le principe? Je le demande à ces créatures spirituelles et corporelles que vous avez formées dans votre sagesse, leur étiez-vous redevable de cet être, même imparfait, même informe, dans l’ordre spirituel ou corporel, être tendant au désordre et à l’éloignement de votre ressemblance? L’être spirituel, fût-il informe, est supérieur au corps formé; et cet être corporel, fût-il informe, est supérieur au néant; et tous deux demeureraient comme une esquisse informe de votre Verbe, si ce même Verbe ne les eût rappelés à votre unité, en leur donnant la forme, et cette excellence qu’ils tiennent de votre souveraine bonté. Leur étiez-vous redevable de cette informité même, où ils ne pouvaient être que par vous?3. Etiez-vous redevable à la matière corporelle de l’être, même invisible et sans ordre? car elle n’eût pas même été cela, si vous ne l’eussiez faite; et n’étant pas, comment pouvait-elle mériter de vous son être? Et cette ébauche de créature spirituelle, lui étiez-vous redevable de cet être même ténébreux et flottant, semblable à l’abîme, dissemblable à vous, où elle serait encore, si votre Verbe ne l’eût ramenée à son principe, et, en l’illuminant, ne l’eût faite lumière, non pas égale, mais conforme à votre égalité formelle? Pour un (501) corps, être et être beau, n’est pas tout un; autrement tous seraient beaux : ainsi, pour l’esprit créé, ce n’est pas tout un que de vivre, et de vivre sage; autrement il serait immuable dans sa sagesse. Mais il lui est bon de s’attacher toujours à vous, de peur qu’abandonné de la lumière dont il se retire, il ne retombe dans cette vie de ténèbres, semblable à l’abîme. Et nous aussi, créatures spirituelles par notre âme, autrefois loin de vous, notre lumière, « n’avons-nous pas été ténèbres en cette « vie (Ephés. V, 8) » et ne luttons-nous pas encore contre les dernières obscurités de cette nuit jusqu’au jour où nous serons justice dans votre Fils, élevés à la hauteur des montagnes saintes, après avoir été une profondeur d’abîme sondée par vos jugements (Ps. XXXV, 7)? CHAPITRE III.TOUT PROCÈDE DE LA GRÂCE DE DIEU. 4. Quant à ces paroles que vous dites au début de la création : « Que la lumière soit, et la lumière fut (Gen. I, 3), » je les applique sans inconvénient à la créature spirituelle, parce qu’elle était déjà vie quelconque, pour recevoir votre lumière. Mais si elle n’avait pas mérité de vous. cette vie capable de votre lumière, avait-elle mérité davantage le don que vous lui en avez fait? Car son informité n’eût pu vous plaire, si elle ne fût devenue lumière, non par nature, mais par l’intuition de votre 1umière illuminante, par son union avec elle, afin que ces préludes de vie et cette béatitude de vie, elle ne les dût qu’à votre grâce, qui la tourne, par un heureux changement, vers ce qui est également incapable de pis et de mieux, vers vous, seul être simple, pour qui vivre c’est vivre heureux, parce que vous êtes à vous-même votre béatitude. CHAPITRE IV.DIEU N’AVAIT PAS BESOIN DES CRÉATURES. 5. Que manquerait-il donc à votre félicité, félicité qui est vous-même, quand toutes ces créatures demeureraient encore dans le néant ou l’informité? Aviez-vous besoin d’elles? et n’est-ce point par la plénitude de votre bonté que vous les avez faites? Et votre joie était-elle intéressée au complément de leur être? Loin que vous soyez imparfait, pour attendre votre perfection de la leur , parfait comme vous l’êtes, leur imperfection vous déplaît, et vous les perfectionnez pour qu’elles vous plaisent. Car votre Esprit-Saint était porté au-dessus des eaux ( Gen. 1, 2), et non par les eaux, comme s’il se fût reposé sur elles, lui qui fait reposer en soi ceux en qui l’on dit « qu’il repose (Is. XI, 2) » Mais c’est votre volonté incorruptible, immuable, se suffisant à elle-même, qui était portée au-dessus de cette vie, votre création, en qui la vie et la béatitude ne sont pas même chose, puisqu’elle ne laisse pas de vivre dans la fluctuation de ses ténèbres, et qu’il lui faut se tourner vers son auteur, puiser de plus en plus la vie à la source de la vie, voir la lumière dans sa lumière (Ps. XXXV, 10), et en recevoir perfection, gloire, béatitude. CHAPITRE V.DE LA TRINITÉ. 6. Et maintenant m’apparaît comme en énigme votre Trinité, mon Dieu. C’est dans le Principe de votre sagesse, qui est notre sagesse, ô Père! née de vous, égale et coéternelle à vous, c’est dans votre Fils que vous avez fait le ciel et la terre. Et que n’ai-je pas dit sur le ciel du ciel, sur la terre invisible et sans forme, sur cet abîme de ténèbres, qui serait livré à toutes les tourmentes de l’informité spirituelle, s’il ne se fût fixé devant Celui par qui il était vie quelconque, et dont la lumière allait répandre sur cette vie la forme et la beauté, pour qu’elle devînt ce ciel du ciel, créé depuis, et résidant entre les eaux? Et déjà, par ce nom de Dieu, j’atteignais le Père, qui a tout fait, par celui de Principe, le Fils en qui il a tout fait; et, dans ma ferme croyance que mon Dieu est une Trinité, je consultais les paroles saintes, qui me répondent : « Et l’Esprit était porté au-dessus des eaux. » Et voilà mon Dieu-Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, seul Dieu, Créateur de toutes les créatures. CHAPITRE VI.COMMENT L’ESPRIT DE DIEU ÉTAIT PORTÉ AU-DESSUS DES EAUX. 7. Mais, ô lumière de vérité, je place près de vous ce coeur qui ne m’enseignerait que vanités; dissipez ses ténèbres, et dites-moi, je vous en conjure par votre charité, notre mère, (502) dites-moi, je vous en supplie, pourquoi n’est-ce qu’après avoir nommé le ciel et la terre, invisible et saris forme, et les ténèbres répandues sur l’abîme, que votre Ecriture nomme l’Esprit-Saint? Etait-il donc nécessaire, pour nous en suggérer la connaissance, de le représenter comme « porté au-dessus, » en désignant d’abord au-dessus de quoi? Ce n’était ni au-dessus du Père, ni au-dessus du Fils, ni sans doute au-dessus de rien. Il fallait donc indiquer d’abord au-dessus de quoi il était porté, lui dont il était impossible de parler, sans le dire « porté. » Mais pourquoi? CHAPITRE VII.EFFETS DU SAINT-ESPRIT. 8. Et maintenant suive qui pourra de l’esprit le vol de l’Apôtre dans cette parole sublime : « La charité se répand dans nos coeurs « par le Saint-Esprit qui nous est donné ((Rom. V, 5); »soit qu’il nous enseigne les voies spirituelles et les voies suréminentes de l’amour, soit qu’il fléchisse le genou devant vous, pour nous obtenir la grâce d’être initiés « à la science suréminente de la charité du Christ ( Ephés. III, 14-19). » Et voilà pourquoi, suréminent dès le principe, il paraissait au-dessus des eaux.Mais à qui parler? mais comment parler de ce poids de concupiscence qui gravite vers l’abîme, et de l’attraction sublime de la. charité par la vertu de votre Esprit, qui « planait sur « les eaux? » Quel sera mon auditeur? quelle sera ma parole? On plonge, on surnage; et il n’y a là ni fond, ni rive. Quelle similitude plus dissemblable? Ce sont nos affections, ce sont nos amours, c’est l’impureté de notre esprit que précipite l’amour des soins de la terre; et c’est la sainteté de votre Esprit qui nous soulève vers le ciel, par l’amour de la paix éternelle, afin que nos coeurs s’élèvent en haut jusqu’à vous, où votre Esprit plane sur les eaux, et que notre âme, après la traversée de ces eaux mobiles de la vie (Ps. CXXIII, 5), aborde à la suréminence du repos. CHAPITRE VIII.L’UNION AVEC DIEU, UNIQUE FÉLICITÉ DES ÊTRES INTELLIGENTS. 9. L’esprit de l’ange, l’âme de l’homme se sont dissipés dans leur chute comme l’eau qui s’écoule, et ils ont signalé l’abîme ténébreux où serait ensevelie toute créature spirituelle, si vous n’eussiez dit au comencement: « Que la lumière soit! » ralliant à vous l’obéissance des esprits habitants de la cité céleste, pour assurer leur paix au sein de votre Esprit qui demeure immuable au-dessus de tout ce qui change. Autrement ce ciel du ciel ne serait par lui-même qu’abîme et ténèbres; « et maintenant il est lumière dans le Seigneur ( Ephés. V, 8). » Et, en vérité, cette inquiétude malheureuse des intelligences déchues de votre lumière, leur splendide vêtement, et réduites aux haillons de leurs ténèbres, parle assez haut; témoin éloquent de l’excellence où. vous avez élevé cette créature raisonnable, qui ne saurait se suffire : car il ne lui faut rien moins que vous-même pour qu’elle ait sa béatitude et son repos. « Vous «êtes, ô mon Dieu, la lumière de nos ténèbres (Ps. XVII, 29), » notre robe de gloire; « et notre nuit rayonne comme le jour à son midi (Ps. CXXXVIII, 12). »Oh! donnez-vous à moi, mon Dieu! rendez-vous à moi! Je vous aime; et si mon amour est encore trop faible, rendez-le plus fort. Je ne saurais mesurer ce qu’il manque à mon amour; et combien il est au-dessous du degré qu’il doit atteindre, pour que ma vie se précipite dans vos embrassements, et ne s’en détache point qu’elle n’ait disparu tout entière dans les plus secrètes clartés de votre visage (Ps. XXX, 21). Tout ce que je sais, c’est que partout ailleurs qu’en vous, hors de moi, comme en moi, je ne trouve que malaise, et toute richesse qui n’est pas mon Dieu, n’est pour moi qu’indigence. CHAPITRE IX.POURQUOI IL EST DIT, SEULEMENT DU SAINT-ESPRIT, QU’IL ÉTAIT PORTÉ SUR LES EAUX. 10. Mais le Père, mais le Fils, n’étaient-ils pas portés au-dessus des eaux? Si l’on se fait une idée de corps et d’espace, ces paroles ne conviennent plus même au Saint-Esprit. Si l’on y voit l’immuable suréminence de la divinité qui demeure au-dessus de tout ce qui change, le (503) Père, et le Fils; et le Saint-Esprit étaient ensemble portés sur les eaux. Pourquoi donc l’Ecriture ne parle-t-elle que de votre Esprit? pourquoi parle-t-elle de lui seul, comme s’il y avait lieu là où le lieu n’est pas, en celui de qui seul il a été dit qu’il est votre don? Le don où nous jouissons du repos, où nous jouissons de vous-même; repos des âmes, lieu des esprits!C’est là où nous élève l’amour; et votre divin Esprit retire notre humilité des portes de la mort ( Ps. IX, 5); et « notre paix est dans notre bonne volonté (Luc, II, 14) ». Le corps tend à son lieu par son poids; et ce poids ne tend pas seulement en bas, mais au lieu qui lui est propre. La pierre tombe; le feu s’élance; l’un et l’autre gravite suivant son poids et suivant son centre. L’huile versée dans l’eau monte au-dessus de l’eau; l’eau versée dans l’huile descend au-dessous de l’huile; l’un et l’autre suit son poids et cherche son centre. Hors de l’ordre, trouble; dans l’ordre, repos. Mon poids, c’est. mon amour; où que je tende, c’est lui qui m’emporte. C’est votre don, c’est votre Esprit qui allume, qui volatilise notre coeur. Il nous embrase et nous enlève. Nous montons à l’échelle de l’âme (Ps. LXXXIII, 6), en chantant le cantique des degrés. C’est le feu de l’amour, c’est votre feu divin qui nous consume et nous ravit au centre de la paix, au sein de Jérusalem; et « je trouve ma joie dans cette heureuse promesse : Nous irons à la maison du Seigneur (Ps. CXXXI, 1). » Et c’est la bonne volonté qui nous y fait une place; et nous n’avons plus rien à vouloir, que cette demeure éternelle. CHAPITRE X.BONHEUR DES PURES INTELLIGENCES. 11. O béatitude de la créature qui n’a jamais connu d’autre état que cette félicité, où elle ne se fût jamais élevée d’elle-même, si, à l’instant immédiat de sa création, votre Don, porté sur toutes choses muables, ne l’eût exaltée à l’appel de votre voix. « Que la lumière soit, et la « lumière fut ( Gen. I, 3). » En nous, il y a distinction de temps : temps où nous sommes ténèbres; temps où nous devenons lumière (Ephés. V, 8). Mais, en parlant de ces pures intelligences, l’Ecriture ne fait qu’indiquer ce qu’elles eussent été sans l’illumination divine; et elle les suppose à l’état de fluctuation ténébreuse, pour nous signaler la cause de leur gloire surnaturelle : c’est-à-dire leur union lumineuse avec la lumière sans ombre et sans défaillance. Entende qui peut; qui ne peut, vous invoque ! — Car, enfin, que me veut-on? Suis-je la lumière qui éclaire tout homme venant au monde ( Jean 1,9)? CHAPITRE XI.IMAGE DE LA TRINITÉ DANS L’HOMME. 12. Où est l’homme qui comprend la toute-puissante Trinité? où est l’homme qui n’en parle? et peut-on dire qu’il en parle? Bien rare est l’intelligence qui en parle avec la science de sa parole. Et l’on conteste, et l’on dispute; et c’est un mystère qui demeure voilé aux âmes où la paix n’est pas. Je voudrais que les hommes observassent en eux-mêmes un triple phénomène; simplitude infiniment différente de la Trinité sainte, mais que j’offre à leur méditation, pour leur faire sentir et reconnaître l’infini de la distance. Ce triple phénomène, le voici : être, connaître, vouloir : car je suis, je connais, je veux : je suis celui qui connaît et qui veut. Je connaît que je suis et que je veux, et je veux être et connaître.Comprenne qui pourra combien notre âme est inséparable de ces trois phénomènes, qui tous trois ne font qu’une même vie, qu’une même raison, qu’une même essence, inséparablement distinctes. Homme, te voilà en présence de toi-même; regarde en toi; vois, et réponds. moi!Et si tu trouves quelque lueur dans ces mystères de ton être, ne crois pas en avoir pénétré plus avant dans les mystères de l’Etre immuable au-dessus de tout, immuable dans son être, immuable dans sa connaissance, immuable dans sa volonté: car, est-ce à cause de cette triplicité, que Dieu est Trinité; ou cette triplicité réside-t-elle en chaque personne divine, chacune étant unité-trinaire; ou bien, dans le cercle incompréhensible, infini, d’une simplicité multiple, est-il unité féconde, principe, connaissance et fin de soi-même, qui se suffit immuablement? Quel esprit aurait la force de dégager cette terrible inconnue? Quelle parole, quel sentiment seraient exempts de témérité? (504) CHAPITRE XII.DIEU PROCÈDE EN L’INSTITUTION DE L’ÉGLISE COMME DANS LA CRÉATION DU MONDE. 13. Poursuis ta confession, ô ma foi; dis au Seigneur, ton Dieu: Saint, saint, saint! ô mon Seigneur! ô mon Dieu! C’est en votre nom que nous sommes baptisés, Père, Fils et Saint-Esprit! c’est en votre nom que nous baptisons, Père, Fils et Saint-Esprit! Car Dieu a fait en nous, par son Christ, un nouveau ciel, une nouvelle terre: c’est-à-dire les membres spirituels et les membres charnels de son Eglise; et notre terre, avant que la doctrine sainte ne l’eût douée de sa forme, était invisible aussi; elle était informe et couverte des ténèbres de l’ignorance, «parce que vous avez châtié l’iniquité de l’homme ( Ps. XXXVIII, 12), dans le profond abîme de vos « jugements ( Ps. XXXV, 7) ».Mais votre Esprit-Saint est porté sur les eaux, et votre miséricorde n’abandonne pas notre misère; et vous dites: « Que la lumière soit! — Faites pénitence; le royaume des cieux est proche (Matth. III, 12)! — Faites pénitence; que la lumière soit! » Et, dans le trouble de notre âme, « nous nous sommes souvenus de vous, Seigneur, aux bords du Jourdain, » auprès de la montagne élevée à votre hauteur, et qui s’est abaissée pour nous (Ps. XLI, 7). Et nos ténèbres nous ont fait horreur; et nous nous sommes tournés vers vous; et la lumière a été faite. « Et nous voilà, ténèbres autrefois, maintenant lumière dans le Seigneur ((Ephés. 5,8). » CHAPITRE XIII.NOTRE RENOUVELLEMENT N’EST JAMAIS PARFAIT EN CETTE VIE. 14. Et nous ne sommes encore lumière que par la foi, et non par la claire vue ( II Cor. V, 7). « Car notre salut est en espérance; or, l’espérance qui se voit n’est plus esp&ea
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